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Le blog des rainettes

Le blog des rainettes

De tout et de rien mais surtout de tout : de l'actualité aux voyages, en passant par la culture, littérature, cinéma, l'Art et jusqu'à la cuisine ou la politique, parfois le tout en même temps à 4 mains, à loisir et à l'envie ! Pourquoi ? Parce qu’un et un font un, parce qu’ils existent, parce que c’est suffisant et insuffisant à la fois, parce qu’ils sont toujours d’accord, parce qu’ils ne sont jamais d’accord, parce qu’il est persuadé d’avoir raison, parce qu’elle sait qu’elle a toujours raison, parce qu’il y aura toujours des questions insolubles, parce qu’il y a trop de personnes porteuses de vérités prêtes à l’emploi, parce qu’il y en d’autres envahies de doutes, parce que la liberté de s’exprimer, de se laisser porter est un privilège dont on n’a pas toujours conscience, parce qu’il faut l’explorer comme on explorerait un nouveau continent . Parce qu’ils ne se prennent pas au sérieux, parce qu’ils se prennent trop au sérieux, parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’internet, parce qu’ils aiment réagir, interagir, parce qu’un poste de télé ou un bon bouquin ça n’a pas beaucoup de répartie, parce qu’ils aiment des choses, sont dégoûtés, énervés, par d’autres, parce qu’ils contemplent. Parce qu’IL s’imagine en ermite reculé d’un monde fou au bord d’un étang, parce qu’ELLE veut voir le monde, parce qu’ils ont vu, parce qu’ils ont à voir, parce qu’IL repense la vie, l’univers et le reste dans un trempage hebdomadaire, parce qu’ELLE invente des vies, des univers et des restes dans des nuits blanches quotidiennes, parce qu’ELLE s’ennuie, parce qu’ils sont bavards, parce qu’ils sont timides, parce qu’ils sont différents, parce que les autres sont les autres, parce qu’ils sont de grands gamins et parce qu’ils en ont envie : le blog des reinettes, bavardages avec les grenouilles sur un bord d’étang reculé ou sur un coin de toile pseudo-sociale ! IL et ELLE

ART ET RELIGION, QUELLES INTERACTIONS ?

 

Il était une fois

cinq grandes religions

 

Christianisme, islam, judaïsme, bouddhisme, hindouisme : il existe d'autres religions dans le monde, mais celles-ci sont parmi les plus anciennes et les plus répandues.

Qu'est-ce qu'une religion ?

C'est un ensemble de croyances, liées à un univers qui nous dépasse (le « divin »), et qui sont partagées par un groupe d'hommes et de femmes. La plupart du temps, ces croyances se concrétisent par des règles de vie et des pratiques spécifiques, comme la prière. Chaque religion possède aussi de grands récits, qui expliquent l'origine et le sens du monde.

Le judaïsme

Il y a environ 4 000 ans, les Hébreux ont été parmi les premiers à croire en l'idée d'un Dieu unique. On les appellera ensuite « juifs », car une partie d'entre eux étaient originaires de la Judée. Ce Dieu unique est invisible, mais il s'est fait entendre aux premiers juifs comme Abraham, puis à Moïse à qui il a transmis les Tables de la Loi. L'histoire des juifs jusqu'à la mort de Moïse est transcrite dans un livre sacré, la Torah. Selon les juifs, Dieu enverra un jour un messie pour apporter la paix éternelle dans le monde.

Le christianisme

Le christianisme est né il y a 2 000 ans, lorsque certains juifs ont reconnu ce messie en la personne de Jésus de Nazareth. Selon eux, il est même le fils de Dieu. Sa vie et ses enseignements ont été transcrits dans le Nouveau Testament. Avec la Torah, que les chrétiens appellent l'Ancien Testament, ce nouveau livre forme le grand texte sacré du christianisme : la Bible. Des divisions sont apparues entre les chrétiens au fil des siècles. On compte aujourd'hui trois principales Églises : les catholiques, les protestants et les orthodoxes.

L’islam

En l'an 622, toujours au Proche-Orient, est née une nouvelle religion parmi les Arabes : l'islam. Ses adeptes, les musulmans, croient au même dieu que les juifs et les chrétiens (ils l'appellent Allah). Ils reconnaissent aussi les prophètes comme Moïse ou Jésus. Mais les musulmans estiment que ces premiers prophètes ont mal interprété le message de Dieu. Selon eux, seul l'Arabe Mahomet, le dernier prophète, aurait reçu le véritable message de Dieu et l'aurait transmis sans le modifier. Cette révélation est retranscrite dans un livre sacré, le Coran. Deux courants se font face et cherchent à étendre leur croyance propre, les chiites et les sunnites. 

L’hindouisme

Le mot hindouisme n'a été inventé que récemment, au XIXème siècle, mais il désigne l'une des plus anciennes religions au monde. Elle est apparue il y a plus de 4 000 ans en Inde. L'hindouisme s'appuie sur plusieurs dieux (Brahma, Vishnou, Shiva notamment) et sur un ensemble de sagesses qui se sont d'abord diffusées oralement. Les hindous pensent notamment que nous avons plusieurs vies, qu’après notre mort nous vivons une autre vie, meilleure ou moins bonne en fonction de ce que nous avons fait dans notre vie précédente. Les Veda sont les quatre livres sacrés révélés par les divinités aux premiers sages, auxquels s'ajoutent de grands récits mythologiques comme le Mahâbhârata.

Le bouddhisme

Il y a 2 500 ans, un Indien nommé Siddhârtha Gautama, que l'on appellera ensuite Bouddha, crée une rupture au sein de l'hindouisme. Il reconnaît ses grands principes mais estime que nous sommes prisonniers de nos passions, de nos désirs et de nos haines. Le bouddhisme ne se fonde donc pas sur la croyance en un ou plusieurs dieux mais plutôt sur les enseignements de son guide, Bouddha (qui signifie « l'éveillé »). Les fidèles cherchent à atteindre, comme lui, un état de sérénité totale, le « nirvana ».  Les enseignements du Bouddha sont transcrits à travers des centaines d'histoires. Elles décrivent ses vies antérieures et font partie des écritures saintes du bouddhisme.

 

QUAND ART ET RELIGION NE FONT QU’UN

Lorsque nous entrons dans une synagogue ou une église un temple ou une mosquée, nous sommes souvent entourés d 'œuvres d'art : sculptures, peintures, mais aussi éléments d'architecture ou obiets faits de matériaux précieux. Certaines de ces oeuvres ont une utilité concrète au sein des rituels religieux. Ici, l'art et la religion sont indissociables.

Un art décoratif ?

Vous entrez dans une mosquée, l'œil est attiré par le mihrab : c'est une niche vide, dans le mur en face de vous. Il est richement décoré et le travail des artistes est impressionnant, mais il a surtout une fonction religieuse : le mihrab indique la direction de La Mecque, vers laquelle les musulmans doivent se tourner quand ils prient.

Dans une église catholique, c'est le maître autel qui est magnifié. Il est là pour rappeler le tombeau du Christ et son dernier repas (la Cène). Les chrétiens revivent ce moment durant la messe : ils partagent le pain et le vin, qui symbolisent le corps et le sang du Christ. Tous les éléments qui contribuent à ce rituel sont faits de matériaux précieux, très travaillés par les artistes. La Croix fait référence à la crucifixion. Les chandeliers indiquent que le Christ la lumière du monde. le calice et le ciboire sont des coupes qui contiennent le pain et Ie vin...

On rencontre ce genre d'œuvres rituelles dans toutes les autres religions : bouddhisme, hindouisme, judaïsme... Par exemple, le Sefer Torah est l'un des objets les plus travaillés d'une synagogue. Il retranscrit les cinq livres de Moïse, qui racontent l'histoire du peuple juif jusqu'à la mort du prophète. Il est entièrement écrit à la main selon une méthode stricte. Son enveloppe est décorée avec raffinement : le Sefer Torah est recouvert d'un velours protecteur, généralement brodé de fil d'or et de perles, et paré d'une couronne qui rappelle que la Torah est la parole de Dieu.

 

 

Une porte vers l'au-delà

L'art peut donc guider le croyant dans ses prières et participer aux rituels. Parfois, il lui permet même de vivre des émotions intenses. Pourquoi réagit-on différemment devant une icône représentant Marie et son fils que devant un simple tableau d'une mère et d'un enfant ? Pour les chrétiens orthodoxes, les icônes ne sont pas de simples scènes ou portraits religieux. Elles sont elles-mêmes sacrées. Contempler une icône de la Vierge ou du Christ, c'est entrer en contact direct avec la Vierge et le Christ eux-mêmes ! L'or qui est utilisé sur ces images crée une lumière très forte, qui rappelle la lumière divine et renforce la présence et le caractère surnaturel du personnage représenté. L'art et le religieux, ici, ne peuvent donc pas non plus être distingués.

 

L’ART QUI RACONTE DES HISTOIRES

Les textes religieux renferment tous des récits merveilleux ou effrayants, des personnages héroïques ou maléfiques... Depuis toujours, les artistes ont été inspirés par ces histoires sacrées. L'art a souvent servi à enseigner et à diffuser la religion, même dans certaines civilisations qui contrôlent fortement les images.

Une image vaut mille mots

On en a tous des exemples en tête... Le christianisme utilise les images pour manifester sa puissance et expliquer les fondements de sa religion. Au VIIème siècle, le pape Grégoire le Grand attribue deux fonctions aux images: raconter les grands épisodes religieux à ceux qui ne savent pas lire, et les émouvoir pour qu'ils élèvent leur âme vers Dieu. Les manuscrits décorés et enluminés sont rares et destinés à une élite, mais peintures et sculptures s'adressent facilement à tous. On trouve par exemple des statues sur les colonnades églises, des fresques sur les murs de l'autel et des dessins sur les vitraux. En effet, dans l'art chrétien, les nombreuses œuvres d'art sont associées à un ensemble plus vaste, l'église ou la cathédrale, qui met les fidèles en contact avec monde divin.

Au service du pape

Au Moyen Âge, les artistes reçoivent des commandes de la part de gens riches, notamment de l'Église. Ils travaillent donc sous son contrôle. Puisque ces images doivent exprimer l'idée que les autorités religieuses ont de Dieu, la personnalité

de l'artiste n'a pas à intervenir (l'artiste gagnera plus de liberté à partir de la Renaissance). Depuis des siècles, les papes siègent à la cité du Vatican, à Rome. En 1475, le pape Sixte IV y fait construire une magnifique chapelle, la chapelle Sixtine, qui sera décorée par les peintres italiens les plus réputés. Michel-Ange est chargé de représenter de grands épisodes de la Bible. La scène de la création de

l'homme est célèbre dans le monde entier. On y voit Dieu en personne ! Il est peint comme un vieil homme barbu, aux cheveux blancs, qui tend son bras pour donner vie à Adam. Leur pose et leurs jambes se ressemblent : selon la Bible, l'homme a en effet été créé à l'image de Dieu. Mais il reste un écart entre eux, qui marque la différence entre la terre et le monde divin : leurs doigts ne se touchent pas. Tous ces détails permettent donc de faire comprendre, par l'image, certains principes essentiels du christianisme.

La logique est la même pour tous les tableaux qui mettent en image des récits importants de la Bible, comme celui de la Tour de Babel. À l'origine, les hommes auraient tous parlé' la même langue. Ils décidèrent un jour d'élever une tour jusqu'au ciel pour être aussi puissants que Dieu. Voyant cela, Dieu décida de les arrêter et leur attribua une langue différente à chacun. Les hommes ne se comprenant plus, ils ne purent achever la fameuse tour. De là viendrait l'existence de tant de langues différentes dans le monde...

 

Des dieux aux côtés des hommes

Les livres sacrés des hindous sont les Veda 10 n tiennent les paroles et la sagesse des divinités qui se transmettent en Inde depuis au moins le XVème siècle avant J.-C. Les mythes hérités des livres sacrés sont repris dans de nombreux récits poétiques, comme le Mahâbhârata. Celui-ci est aussi long que la Bible. Il raconte des rivalités de clans et de nombreuses batailles. L’histoire est mélangée avec les mythes et les interventions des Dieux aux côtés des personnages. L’hindouisme recourt donc lui aussi à l'art pour mettre en images ses textes sacrés. Il existe de nombreuses illustrations de ces épisodes, comme celle-ci où l'on voit le dieu Krishna dans la bataille, auprès d'Arjuna.

Vies illustres et illustrées

Pendant les premiers siècles du bouddhisme, on ne représentait Bouddha qu'indirectement, par l'empreinte de ses pieds par exemple. Puis les images se sont multipliées au fur et à mesure que le bouddhisme se répandait en Asie. Il existe donc de très nombreuses représentations du Bouddha, qui dépendent des influences de chaque pays. Ces œuvres illustrent les principes importants du bouddhisme, les yeux fermés faisant par exemple référence à la méditation et la sagesse. Des contes ou des sculptures évoquent aussi les différentes réincarnations du Bouddha : animal, homme, divinité…

L'exception qui confirme la règle

Adonis, Zeus, Jupiter, Artémis, Yahvé et Jésus Christ : dans l'Antiquité, toutes ces divinités méditerranéennes avait leur lieu de culte à Doura-Europos ! Une vingtaine de cultes cohabitaient dans cette ville commerçante et souvent envahie, située dans l'actuelle Syrie. Les soldats et les marchands y ont apporté leurs dieux et les ont fait évoluer au contact de cette ville internationale. Résultat ? On y trouve des fresques qui ont le même style alors qu'elles concernent des religions différentes. Et même quand les religions interdisent de représenter des sujets religieux, comme le judaïsme ! Par exemple, les fresques de la synagogue de Doura-Europos sont un témoignage unique de l'art juif dans l'Antiquité. On y retrouve de nombreux récits de la Torah : Moïse et le buisson ardent, Moïse recevant les Tables de la Loi, la traversée de la mer Rouge... Ces œuvres sont des exceptions au sein de l'art juif, qui normalement interdit la représentation des personnages sacrés. On ne connait que de rares autres exemples, comme cette image du roi Salomon. Selon la Torah, il aurait eu plus de 1 000 femmes et, parmi elles, la mystérieuse reine de Saba qui aurait régné sur l'actuelle Éthiopie.

 

Des images au défi de la loi ?

Dans la religion musulmane, comme pour judaïsme, la représentation des êtres vivant mais surtout du divin est en principe interdit. Dans les provinces orientales de l'Islam, on trouve de nombreuses miniatures persanes, turques et mongoles qui illustrent des scènes de la vie du Prophète. Mahomet souvent représenté aux côtés de l'ange Gabriel le messager qui lui a révélé la parole d'Allah. Mais la plupart du temps, l'enluminure des livres et l'ornementation des murs des

mosquées utilisent des motifs géométriques et abstraits, des « arabesques ». La pratique de la calligraphie des textes sacrés est aussi devenue une manière de magnifier les paroles divines. Qu'il soit figuratif ou abstrait, l'art permet donc aussi à l'Islam de transmettre ses principes.

 

 

Des monuments pour toucher le ciel

Plus les religions s'épanouissent, plus les monuments qu'elles consacrent à leurs dieux sont grandioses. Cathédrales, mosquées, synagogues, temples sont aussi de véritables œuvres d'art qui manifestent la toute-puissance de Dieu par leur ampleur et leur majesté. Le but est également de favoriser la communication avec Dieu, de le rendre plus présent pour les fidèles. L'artiste qui a ainsi peint la mosquée de Touba, l'une des plus importantes du Sénégal cherche à dire sa beauté et sa puissance. Ses minarets, dressés très haut dans le ciel parsemé d'étoiles, invitent le fidèle vers un univers divin de lumière et de plénitude.

 

 

DES ŒUVRES SOUS CONTRAINTES

Les grandes religions ont utilisé l'art pour diffuser Ieur message et elles ont donc toujours cherché à encadrer de près la production des œuvres. Certaines religions ont établi règles strictes de représentation, d'autres ont limité le recours aux images. Qu'en est-il exactement de ces différentes formes de censure ?

Non aux images païennes         

« Tu ne feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, là-haut ou sur terre, ici-bas […] Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne les serviras point, car moi, l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux. » Déjà, le livre de l'Exode dans la Bible, socle du judaïsme et du christianisme, limite strictement la production d'images. Dans un monde antique peuplé de statues païennes (dieux égyptiens, grecs, romains), ces nouvelles religions ont dû se démarquer. Toute statue divine est alors considérée comme une idole ; se prosterner devant elle revenait à adorer non pas son dieu mais un simple objet matériel. Représenter Dieu comme un mortel signifiait aussi, pour certains, nier sa nature céleste. Dans ces religions, Dieu est considéré comme le Créateur de l'univers et de tout ce qui le peuple. Comment l'artiste pourrait-il rivaliser avec lui ? On retrouve la même attitude lors manière moins stricte. On trouve ainsi,

dans des premiers temps du bouddhisme, qui les premiers temps de l'art juif, des fresques dans un monde hindouiste riche de milliers de représentations des dieux. Au début, Bouddha n'est pas représenté sous la forme d'un homme mais est simplement évoqué par différents symboles, comme ce trône vide ou ses pieds.

 

Interdit de figurer ?

On confond souvent l'interdiction générale de tous types d'images avec l'interdiction de représenter Dieu lui-même. Le commandement de la Bible ci-dessus a ainsi pu être interprété figurant des scènes religieuses. De même, on considère la plupart du temps que l'islam proscrit toute représentation des êtres vivants, alors que cette interdiction se limite surtout à tout ce qui touche à Allah : sa figuration, le Coran, ou encore l'espace sacré de la mosquée. C'est pourquoi les mosquées ne sont décorées qu'avec des formes géométriques ou de la calligraphie reprenant le nom d'Allah et ses paroles saintes.

 

Des artistes bien en règle

Quand les religions n'interdisent pas les images, elles imposent souvent aux artistes des règles bien précises. D'autant plus quand ce sont elles qui achètent les œuvres ! Jusqu'à la Renaissance ce sont surtout des religieux et des rois qui commandent les sculptures et les tableaux chrétiens. Lors de cette commande, tout est précisé : le sujet, les matériaux, les lignes de composition... Il existe même de véritables registres de modèles à respecter. Et toute une série de symboles sont utilisés, comme la colombe qui représente le Saint-Esprit. On est bien loin de la liberté de l'artiste telle qu'on conçoit aujourd'hui ! D'ailleurs, de telles œuvres ne sont que rarement signées. L’objectif de l'Église est de transmettre son message au plus grand nombre : pour cela, quoi de mieux qu'un code constitué d'images simples, que tout le monde peu comprendre ?

 

Les règles de l’art

On retrouve des codes similaires au sein du bouddhisme. Au-delà des différences de styles nées au contact des cultures locales, des règles de représentation sont partagées de l'Inde à la Chine, du Tibet au Japon. Certains objets qui accompagnent les représentations du Bouddha ou des autres êtres sur la voie de l'éveil (les « bodhisattva ») ont ainsi une fonction symbolique, Le bol à aumône fait référence au premier repas du Bouddha après son Éveil. Le lotus rappelle sa naissance et symbolise la perfection et la pureté. La roue de la Loi désigne à la fois l'ensemble des enseignements du Bouddha et le cycle ininterrompu des  renaissances. De la même façon, les gestes ont une dimension symbolique. Par exemple, la main ouverte et dirigée vers le sol, paume vers l'avant, représente le geste du don. Tous ces codes transmis par les artistes permettent aux croyants de reconnaitre immédiatement leurs divinités.

 

Un art à deux visages

Selon les époques et les lieux, les règles se modifient au contact des cultures locales et des circonstances historiques ou politiques. Récemment, l’actualité à fait débat sur l'interdiction ou non de représenter le Prophète Mahomet. Plusieurs écoles théologiques s'affrontent. Mais ce que l'on peut noter, c'est que Mahomet a souvent été représenté par le passé, notamment par des artistes en Iran et dans le monde ottoman turc. On retrouve ce type d'images non pas dans un espace religieux mais dans des ouvrages poétiques ou historiques, des histoires qui racontent la vie du Prophète. Sur ces illustrations qu'on appelle des « miniatures », son visage est parfois laissé en blanc ou voilé, parfois intégralement dessiné comme dans cette scène où il évolue sur son cheval parmi les anges.

 

Quand les règles évoluent

Chez les premiers chrétiens, on ne représente pas Jésus. Parfois, on l'évoque par un poisson. C'est un peu comme un nom de code ! Car avec chacune des lettres du mot « poisson » en grec, qui se dit ichthus, on obtient la phrase suivante :

  • I (I, Iota) : Ἰησοῦς / Iêsoûs (« Jésus »)
  • Χ (KH, Khi) : Χριστὸς / Khristòs (« Christ »)
  • Θ (TH, Thêta) : Θεοῦ / Theoû (« de Dieu »)
  • Υ (U, Upsilon) : Υἱὸς / Huiòs (« fils »)
  • Σ (S, Sigma) : Σωτήρ / Sôtếr (« sauveur »)

Il existe également des statues dites du « Bon Pasteur ». Ce ne sont pas exactement des statues du Christ mais une référence à un texte de l’Évangile. Il faut attendre que le christianisme devienne la religion officielle de l’empereur romain et que l’Eglise s'impose comme une institution officielle pour que naissent des images du Christ. Apparaissent alors, vers le Vème siècle, les premiers Christs en majesté. Ils sont sur un trône, vêtus d'une cape rouge, qui fait référence à la façon dont on représentait les empereurs romains. L'Église est de plus en plus puissante et le Christ en serait le roi.

 

Mais le débat sur les images revient fréquemment dans le christianisme. La crise iconoclaste à Byzance, aux VIIIème et IXème siècles, a même conduit à interdire toutes les représentations figurées et à détruire celles qui existaient. À l'opposé, Ignace de Loyola affirme au XVIème siècle la possibilité pour le chrétien de rencontrer Dieu par l'émotion. La contemplation des œuvres d'art peut être très utile pour cela ! C'est ainsi qu'est né l'art baroque, fait d'œuvres dramatiques, très chargées, visant à émouvoir le spectateur.

 

Des codes secrets

La séparation des chrétiens entre catholiques et protestants au XVème siècle remet en question la présence d'œuvres d'art dans les temples. Les artistes peignent alors principalement pour des bourgeois. La bourgeoisie hollandaise du XVIème siècle, par exemple, semble privilégier les paysages, les scènes d'intérieurs, les natures mortes. Est-ce la fin des sujets religieux... ? Regardons de plus près la Femme à la balance de Vermeer. A priori, nous sommes face à la simple image d'une femme qui tient une petite balance au-dessus d'une table où sont posées des perles. Mais cette toile cache un sujet religieux, de manière détournée mais très bien comprise des contemporains du peintre. Le tableau situé au fond de la pièce illustre une scène de la Bible, Jugement Dernier, durant lequel les âmes sont pesées pour distinguer les bons des pêcheurs. La petite balance de la femme fait ainsi écho au jugement divin… Les codes religieux ont beau évoluer et se faire discrets, l’art leur reste soumis !

Ô temps, suspends ton vol

VERS UNE LIBERTE ARTISTIQUE

Lorsqu'ils travaillent à des sujets sacrés, les artistes sont donc très encadrés. Leur génie et leur imagination se mettent au service des religions, de leurs dieux et de leurs récits. Dans certaines religions cependant, il arrive que les artistes agissent avec plus ou moins de liberté pour accomplir leur mission...

 

En liberté surveillée

Au fil des siècles, les artistes de la chrétienté proposent une vision plus personnelle de la religion parfois troublante ou même choquante pour l'Eglise. Cette évolution des images est liée à une révolution du statut de l'artiste. À la fin du Moyen Âge, les peintres, sculpteurs, tous ceux que l'on considérait comme de simples artisans, revendiquent le statut d'artiste, au même titre que les poètes. Cette reconnaissance leur permet peu à peu de choisir eux-mêmes les sujets de leurs œuvres et de ne plus seulement exécuter un programme.

On sait par exemple que les peintres italiens du XVème siècle utilisaient déjà la partie inférieure des retables pour tester leurs innovations stylistiques. Mais pourquoi se contenter d'un petit rectangle de liberté ? Très rapidement, les artistes s'attaquent aux scènes principales. C'est notamment le cas de Véronèse, qui peint le Nouveau Testament avec une liberté inédite. Les Noces de Cana réalisées en 1563 pour le réfectoire d’un couvent évoquent davantage l’abondance d’une fête chrétienne que le premier miracle du Christ. Bien sûr, au premier plan l’eau se change en vin mais le miracle se fond dans le décor et la foule d'invités. De plus, au centre de la toile, Véronèse lui-même s’est représenté parmi les musiciens avec un autre peintre et ami le Titien !

 

Scandales !

Véronèse traite avec la même légèreté l'un des sujets les plus sacrés du Nouveau Testament : la Cène, dernier repas du Christ avec ses disciples. L'abondance des personnages n'est pas conforme aux textes, si bien que l'Inquisition oblige l'artiste à rebaptiser son tableau Le repas chez Levi. Véronèse est loin d'être une exception car plus l'artiste devient célèbre, plus il prend de libertés avec les règles. Le monumental Jugement dernier, que Michel-Ange réalise dans la chapelle Sixtine au Vatican, à la demande des papes Clément VII puis Paul III, provoque un scandale retentissant. Les 400 figures peintes sont nues ! Le successeur de Paul III hésite à détruire la fresque, puis décide d'offrir une tenue plus correcte à une partie des personnages, en les voilant.

Le peintre Caravage fait lui aussi scandale lorsqu'il s'attaque à des sujets religieux. Sa Conversion de saint Paul est en effet… renversante ! On y voit le saint, tombé à terre, et aveuglé par sa conversion. Sa monture occupe toute la toile ! Les règles du christianisme auraient voulu que le saint fût représenté avec plus de majesté et de dignité. Mais pour Caravage, le réalisme est plus important que la règle.

 

Des génies très discrets

Dans l'islam et le judaïsme, les interdits posés par le Coran, d'une part, et par la Torah, d'autre part, laissent moins de libertés aux artistes. La tradition est scrupuleusement respectée et l'invention ou l'innovation ne sont pas encouragées. Pour autant, les artistes sont connus et célébrés comme ils le sont en Occident. La renommée de certains miniaturistes, Behzâd par exemple, va bien au-delà de la Perse et leur style inspire plusieurs générations de peintres.

Lorsqu'ils œuvrent dans un cadre religieux, les artistes ne s'autorisent aucune liberté, Devant Dieu, les individualités s'effacent car c'est Dieu qui dicte les règles et tient la plume ! Dans le monde islamique, les artistes les plus renommés sont d'ailleurs les calligraphes, chargés de recopier la parole de Dieu. C'est donc à travers la finesse et la richesse de leur écriture que le génie des artistes s'exprime. Ainsi, l'interdit de la représentation n'empêche pas les artistes juifs et musulmans de produire des chefs-d'œuvre de grâce et de perfection.

 

Un art sans artistes ?

Dans les religions hindouistes et bouddhistes, enfin, l'artiste s'efface derrière son ouvrage. Le nom des sculpteurs indiens, qui furent les premiers à façonner l'image du Bouddha ou à représenter les dieux Vishnou et Shiva, ne nous sont pas parvenus. On ignore tout d'eux parce que les traces se sont perdues avec le temps, mais aussi et surtout parce que l'idée même d'artiste et d'art n'existe pas dans ces deux civilisations. Celui qui réalise une œuvre a une démarche plus religieuse qu'artistique. Il reprend des formes qui ont très peu varié au fil des siècles. Mais les arts hindou et bouddhique ne sont pas figés pour autant !

De l'Inde au Japon, il existe des constantes et des codes qui permettent de reconnaître les divinités. Mais les styles varient d'une région à l'autre, ou d'un pays à l'autre. Physiques et vêtements s'adaptent ainsi aux particularités locales. Cette tête de Bouddha, par exemple, a été réalisée au VIe siècle en Chine. Elle se distingue par son visage, plus sphérique et légèrement souriant. Mais le sculpteur a quand même été influencé par les modèles indiens qui se sont répandus le long des routes de la soie. Les boucles de la coiffure et les oreilles allongées, qui permettent d'identifier le Bouddha, rappellent en effet cette sculpture indienne d'Amaravati, datée du IIème siècle. Et partout en Asie, c'est ainsi qu'on peut le reconnaître.

 

 

LES MESSAGERS MODERNES TROP PROCHE, TROP LOIN DE LA RELIGION ?

Les artistes modernes n'ont pas oublié la religion ! Ils continuent à s’inspirer des livres sacrés, mais prennent parfois plus de libertés que les artistes des siècles passés. Parfois, mais pas tout le temps ! Certains doivent encore partir en croisade pour protéger leur liberté d'expression contre des interdits religieux...

En Europe, beaucoup d'artistes de la fin du XIXème siècle et du XXème siècle ont repris des sujets religieux en les interprétant à leur manière : Picasso, Nolde, Denis, Bacon...

 

Matisse a réalisé la décoration de la chapelle du Rosaire de Vence, où son Jésus n'a pas de visage, alors que Rouault s'est acharné toute sa vie à lui en inventer un ! Certains artistes réinterprètent des images religieuses pour interroger leur message, d'autres respectent plus fidèlement la tradition.

 

Marc Chagall, messager fidèle :

Marc Chagall a l'impression d'être né entre le ciel et la terre, alors rien d'étonnant si l'on croise autant d'anges dans ses tableaux ! Pour lui, la Torah est la plus grande source de poésie de tous les temps. Lorsque le marchand d'art Ambroise Vollard lui demande d'illustrer la Bible, il est donc aux anges ! Quand il était enfant, sa mère avait l'habitude de lui raconter des épisodes de la Torah. Chagall décide de compléter sa connaissance du texte sacré et se rendant en Palestine en 1932. Il réalisera ensuite d'autres sujets religieux, comme une série de 17 tableaux exposés au musée de Nice, dont ce Moïse recevant les Tables de la Loi.

Moïse apparait en blanc, il tend les bras vers les Tables de la Loi que Dieu lui transmet. Le judaïsme recommande de ne pas représenter Dieu, alors Chagall ne montre que ses bras et sa lumière. En revanche, le chandelier sept branches (la « Menorah »), devenu un symbole de la religion juive, apparaît en bas à droite. Elle symbolise notamment la flamme divine, le buisson ardent que Dieu a utilisé pour s'adresser à Moïse. Sur la gauche, Chagall a également représenté des épisodes religieux, comme l'exode hors de l'Égypte. Comme les fresques antiques de Doura-Europos, le peintre moderne ose donc représenter des sujets religieux, mais pas Dieu lui-même. Il reste ainsi fidèle à un interdit fondamental du judaïsme.

 

Shirin Neshat, messagère bannie de son pays :

Shirin Neshat est une artiste iranienne qui a quitté son pays à l'âge de 17 ans, pour étudier aux Etats-Unis. Quand elle retourne en Iran en 1990, elle découvre les immenses changements qui ont eu lieu suite à la révolution islamique de 1979. De nouvelles lois interprètent les principes religieux. Les femmes, par exemple, sont obligées de porter le voile, bien que cela ne soit pas énoncé clairement dans le Coran. Les œuvres de Shirin Neshat s'intéressent ainsi au visage des femmes iraniennes, comme cette série de photographies en noir et blanc, « Women of Allah » (Les femmes d'Allah). Une main posée sur un visage voilé suggère leur silence forcé. Mais la calligraphie qui la recouvre indique que la parole écrite est aussi un moyen d'expression. De plus, la calligraphie renvoie à l'art islamique traditionnel, respectueux de la religion. Shirin Neshat utilise donc des formes sacrées très anciennes pour dénoncer les dérives religieuses d'aujourd'hui. Elle veut communiquer avec son peuple d'origine, mais elle ne peut absolument pas y exposer ses œuvres !

 

Alexander Kosolapov, pop messager incompris :

Alexander Kosolapov subit lui aussi les foudres de l'iconoclasme. Son Icon Caviar est un cadre doré ayant la forme d'une icône. Mais l'image sainte, la Vierge à l'enfant, est absente. À sa place trône une photographie de l'un des produits de luxe les plus connus en Russie : le caviar ! Le conservateur qui a exposé cette œuvre à Moscou a reçu des menaces de l'Église orthodoxe russe, afin qu'il la retire au plus vite... Ce qu'il a fait ! Pourtant, Alexander Kosolapov a clairement expliqué que son œuvre ne cherchait pas à critiquer la religion. Elle dénonce plutôt la politique de la Russie, qui selon lui divise le peuple entre les riches et les pauvres. En utilisant une forme religieuse célèbre en Russie, l'icône, il nous fait réfléchir aux valeurs d'aujourd'hui : des produits de luxe, comme le caviar, seraient-ils devenus les nouvelles icônes sacrées ?

 

Pushpamala N., messagère déguisée :

Pushpamala N. est une artiste qui se met en scène dans des œuvres inspirées de la culture populaire indienne : cinéma, publicité, peintures religieuses... Dans la série de photographies « Native Women of South India: manners and customs » (Les femmes du sud de l'Inde : mœurs et coutumes), elle a choisi de montrer les stéréotypes qui circulent sur les femmes indiennes. Par exemple, Pushpamala N. a revêtu le vêtement traditionnel rouge de la déesse hindoue Lakshmi, déesse de la beauté et de la prospérité, épouse du dieu Vishnou. Mais l'artiste n'a que deux bras, ce qui est tout à fait normal pour une femme, mais pas pour la déesse traditionnellement Lakshmi qui en a quatre ! L'artiste montre que l'image des femmes n'a pas beaucoup évolué en Inde, qu'elle est aussi figée que les images des dieux et des déesses. La société se modernise mais les femmes continuent souvent de n'avoir qu'une place inférieure. Heureusement que des mouvements féministes revendiquent depuis une vingtaine d'années une autre vie pour les femmes. La déesse Lakshmi commencerait-t-elle à leur porter chance ?

 

Pierre Soulages, messager en noir et blanc :

C'est dans l'église Sainte-Foye de Conques que Pierre Soulages a ressenti ses premières émotions artistiques et qu'il a décidé de devenir peintre. Lorsqu'on lui demande de créer de nouveaux vitraux pour l'église, il est donc très ému et rapidement inspiré ! Soulages est surtout connu pour ses grandes toiles noires. Mais pour ce travail à Conques, il a imaginé une œuvre originale, différente de son travail au noir mais aussi des vitraux colorés du Moyen Âge. Il s'est adapté à l'église telle qu'elle est aujourd'hui : des murs pâles, sans aucune peinture mais avec 104 ouvertures qui laissent entrer la lumière. Soulages a ainsi inventé un verre original, constitué de grains de verre blancs, qui font varier la lumière selon les heures de la journée. Il a ensuite tracé des lignes noires, qui ressemblent à des vagues ou à des rafales de vent. Avec ces formes et ces couleurs simples, nous sommes libres d'imaginer ce que nous voulons...
 

Gilbert & George, messagers sans tabous :

Les artistes Gibert & George, eux, sont nettement moins neutres.      

     

Ils aiment la provocation, le choc des images. Leurs montages photographiques, très colorés, ressemblent à de grands vitraux mais on les imagine mal au sein d'une église ! Gilbert & George ne mettent pas en image les épisodes de la Bible, mais la vie d'hommes et de femmes d'aujourd'hui. Par exemple, sur l'œuvre Was Jesus an Heterosexual? (Jésus était-il hétérosexuel ?), on peut voir deux formes, probablement des êtres humains crucifiés sur de grandes croix. Au pied de celles-ci, on retrouve Gilbert & George, leur tête auréolée de lumière. Tout autour, deux phrases : « Jésus a dit pardonnez-vous » et « Dieu adore faire l'amour ! » Bing, le coup est donné ! L'Église et les chrétiens sont choqués ! Mais au fond, que nous dit cette œuvre... ? Elle reprend des idées essentielles du christianisme, l'amour et la tolérance. Les artistes estiment qu'à cause de leurs règles trop strictes, les chrétiens eux-mêmes oublient parfois ces valeurs fondamentales.

ELLE

 

A LIRE AUSSI SUR L'ART :

- Sur les arts "premiers" : Lascaux IV

- puis antiques : Au commencement était la tragédie.

- sur l'art et le temps : Ô temps, suspends ton vol.

- une querelle sur l'art entre LUI Lézards en tête à queue et ELLE Sur le pont.

 

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