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Le blog des rainettes

Le blog des rainettes

De tout et de rien mais surtout de tout : de l'actualité aux voyages, en passant par la culture, littérature, cinéma, l'Art et jusqu'à la cuisine ou la politique, parfois le tout en même temps à 4 mains, à loisir et à l'envie ! Pourquoi ? Parce qu’un et un font un, parce qu’ils existent, parce que c’est suffisant et insuffisant à la fois, parce qu’ils sont toujours d’accord, parce qu’ils ne sont jamais d’accord, parce qu’il est persuadé d’avoir raison, parce qu’elle sait qu’elle a toujours raison, parce qu’il y aura toujours des questions insolubles, parce qu’il y a trop de personnes porteuses de vérités prêtes à l’emploi, parce qu’il y en d’autres envahies de doutes, parce que la liberté de s’exprimer, de se laisser porter est un privilège dont on n’a pas toujours conscience, parce qu’il faut l’explorer comme on explorerait un nouveau continent . Parce qu’ils ne se prennent pas au sérieux, parce qu’ils se prennent trop au sérieux, parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’internet, parce qu’ils aiment réagir, interagir, parce qu’un poste de télé ou un bon bouquin ça n’a pas beaucoup de répartie, parce qu’ils aiment des choses, sont dégoûtés, énervés, par d’autres, parce qu’ils contemplent. Parce qu’IL s’imagine en ermite reculé d’un monde fou au bord d’un étang, parce qu’ELLE veut voir le monde, parce qu’ils ont vu, parce qu’ils ont à voir, parce qu’IL repense la vie, l’univers et le reste dans un trempage hebdomadaire, parce qu’ELLE invente des vies, des univers et des restes dans des nuits blanches quotidiennes, parce qu’ELLE s’ennuie, parce qu’ils sont bavards, parce qu’ils sont timides, parce qu’ils sont différents, parce que les autres sont les autres, parce qu’ils sont de grands gamins et parce qu’ils en ont envie : le blog des reinettes, bavardages avec les grenouilles sur un bord d’étang reculé ou sur un coin de toile pseudo-sociale ! IL et ELLE

Intolérances réciproques

Intolérances réciproques

Pourquoi les Américains nous reprochent-ils, à nous Français, d'être incohérents quand nous défendons la liberté d'expression tout en interdisant de porter une tenue destinée à « dissimuler son visage » dans l'espace public ? Pourquoi ironisons-nous sur un peuple dont les présidents prêtent serment sur la Bible ?


 

Les démocraties occidentales sont frappées par le terrorisme islamiste et par la sécession d’une partie de leur population, désormais hostile à leurs valeurs : liberté, égalité des sexes, confort matériel et adoucissement des mœurs. Malgré cette situation partagée, leur réponse est divisée. L'une des raisons de la division tient à une compréhension différente de la tolérance. La France et les États-Unis sont en querelle sur ce point, et le danger commun n'éteint pas la querelle.

 

 

 

1 REALITE, 2 VISIONS

 

Face aux initiatives que la France a dû prendre pour défendre ses lois, ses institutions et la mixité de l'espace public, les pays anglo-saxons ont souvent réagi de façon hostile. L’interdiction des signes religieux à l'école a été condamnée par le Président Obama en 2009, dans son discours du Caire.

L'interdiction de la burqa dans l'espace public a été l'occasion, pour la presse américaine, de comparer la France à l'Afghanistan, le pays qui force les femmes à se voiler valant celui qui les force à se découvrir.

 

La querelle du burkini, en août 2016, a renouvelé le procès d'intolérance dans un contexte douloureux. Blessée par le massacre du 14 juillet à Nice, suivi quelques jours plus tard par l’égorgement d’un prêtre, la France est passée, dans les colonnes de la presse américaine, du statut de victime celui de coupable. En cause : notre laïcité (supposée extrémiste et intolérante) qui aurait justement attirée les actes de terrorisme.

Quid alors de l’Angleterre qui accepte tous ces signes religieux en tous lieux publics, au travail comme à l'école, à la mairie comme au cinéma ? Quid de tous ces pays qui n'appliquent pas les mêmes principes des droits de la femme et se trouvent eux aussi frappé par la menace ou l'exécution terroriste ?

 

Dès 2015, au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo et des crimes antisémites de l'Hyper Cacher, des signes troubles s'étaient mêlés aux condoléances venues du monde entier. Obama ne s'était pas joint à la manifestation du 11 janvier.

Une semaine après les crimes, l'interdiction d'un spectacle de Dieudonné donnait à Joyce Carol Oates, une romancière américaine l'occasion de ce tweet: «Are we confused by France’s celebration of freedom expression/speech/press one day & arrest of stand up comic next day ? » (Comment ne pas être troublé par la célébration de la liberté d'expression, de presse en France un jour et l’arrestation d'un humoriste le jour suivant ?). L'empathie de Joyce Carol Oates n'allait manifestement pas à la rédaction martyre mais à un antisémite notoire.

Il est vrai qu’aux USA, la liberté d’expression est limitée : les tribunaux autorisent qu’un défilé nazi avec croix gammées et bras tendus traverse un quartier juif. Mais la romancière ne voulait pas comprendre que la question se pose autrement dans un pays où 75 000 juifs ont été déportés et tués pendant la guerre, au lendemain d’un massacre de juifs, ciblé dans un Hyper Cacher. Enfin, dernier signe : en 2015, le rapport sur les Droits de l'Homme au Département d'Etat américain accablait la France, et les rapports annuels sur la liberté religieuse, commandités par le même département, plaçaient notre pays parmi les pires violateurs des libertés, à l'égal de Cuba ou de l'Arabie Saoudite.

Sous couvert de défendre la tolérance religieuse, l'Amérique fait preuve envers nous d'une persévérante intolérance, attaquant aveuglément un mode de séparation du politique et du religieux qui ne ressemble pas au sien. À chaque fois, les Etats-Unis affichent une écrasante bonne conscience: d’où leur vient-elle ?

 

 

En France, nous sommes étonnés que l'homogénéité française, à laquelle nous concourons tous, puisse déplaire. Car si nous y concourons, c'est qu'elle nous plaît. La plupart des Anglo-Saxons y pressentent tout autre chose qu'un goût : l'expression d'un autoritarisme accepté, et si bien accepté qu'il en est devenu insensible. Pays de monarchie absolue, d'uniformité pesante et d'étatisme impénitent. Pays aussi où l'argent se cache, où la discrétion est de mise et l'excentricité presque inconnue. Pour un œil américain, la mosaïque des styles et des costumes est un soulagement: c'est la preuve matérielle de la tolérance. Pour nous, c'est l'échec visible de l'intégration.

Il est des racines politiques à cette division des perceptions: la défiance, « whig » envers le pouvoir n'a pas d'équivalent en France où l'autorité centrale va de soi, quand bien même elle est contestée. Rien n'approche, ici, de la haine à l'encontre du gouvernement fédéral que l'on ressent aux États-Unis. Inconnue, aussi, la radicalité des mouvements libertariens. Bref, nous avons tendance à nous en remettre à l'État et à nous défier des religions, les Américains se défient de l'État et s'en remettent à Dieu avec une candeur (ou une hypocrisie) qui ne cesse de nous surprendre. C'est que la séparation du religieux et du politique ne s'est pas opérée de la même façon, ni avec les mêmes intentions.

 

Avant même de devenir une république, les colonies américaines furent des terres d'accueil pour des sectes religieuses fuyant les persécutions européennes. Si la Constitution de 1787 sépare le politique et le religieux, le pays n'a pas les réflexes anticléricaux de la France, vieux pays de marque chrétienne, presque unanimement catholique depuis la révocation de l'édit de Nantes (1685), et qui s'est brutalement défait de la domination de la domination de l’Eglise par la loi de 1905. Ouvrir Ies bras à toutes les croyances ou contenir les pulsions dominatrices d'une foi majoritaire, ce sont deux mouvements différents. Or ces mouvements sont des parties intégrantes de l'identité républicaine ou du mythe identitaire de chacune des nations. L'extrême droite qui vient de s'installer au pouvoir aux États Unis ne dissuadera aucunement les libéraux américains d'incriminer la France, qu'ils jugent intolérante et raciste (pour preuve les résultats des dernières Présidentielles). Leur regard, leur perception immédiate, ne changera pas.

 

De ces histoires différentes, il résulte une compréhension différente de la séparation des Églises et de l'État. Elle conduit ces deux grandes démocraties à une incompréhension réciproque. Du point de vue américain, la France ne respecte pas la liberté de conscience, elle qui maltraite les religions minoritaires et condamne les sectes (traduisons: qui condamne en tant que sectes des religions respectées aux Etats-Unis). Du point de vue français, un pays où l'on prête serment sur la Bible n'est qu'imparfaitement sécularisé. Selon eux, nous bafouons la liberté religieuse, comme le faisaient naguère les pays communistes. Pour ce qui est des religions instituées, il est vrai que nous gênons leur expression, visible. Quant au surgissement de croyances nouvelles, nous les tenons pour des escroqueries, comme disait Thomas Hobbes: « Le temps des prophètes est passé. »

Inversement, pour nous, la religiosité américaine, sous couvert de tolérance, manque d'équité et de réalisme : hostile de façon affichée aux incroyants jusque dans sa devise ("In God We Trust" est bien loin de "Liberté, Egalité, Fraternité"), elle conduit à faire des exceptions en faveur de communautés religieuses, et ces dérogations peuvent être dommageables aux libertés individuelles. Un exemple fameux est celui des Amish qui ont reçu le droit de ne pas scolariser leurs enfants au-delà de 15 ans. La raison invoquée: pratiquant une agriculture archaïque, ils ont besoin de bras. Or des études longues risquent de donner aux jeunes Amish l'envie et surtout les moyens de quitter la communauté. Cette dérogation, qui a été accordée par la Cour Suprême, n'est profitable au groupe qu'en portant préjudice à l'individu : l'adolescent amish qui veut partir.

 

Enfin, cette bienveillance pour les manifestations du religieux a conduit par le passé à des errements politiques : si l'Amérique a fourni des armes à Ben Laden et à des groupes sunnites extrémistes en Afghanistan qui se sont retournés contre elle le 11 septembre 2001, c'est que, au-delà des intérêts à court terme dans la guerre contre l'URSS, se jouait un préjugé général en faveur des groupes religieux. La bienveillance pour toutes les croyances, et non la tolérance, a pu se révéler une imprudence majeure.

Voyez comme il est facile d'accuser un pays subissant les assauts du terrorisme de les avoir provoqués.

 

 

LOCKE 1 / VOLTAIRE 1

 

On peut chercher à expliquer ce différend franco-américain à partir d'une divergence des traditions philosophiques : John Locke pour les Américains contre Voltaire pour les Français. Le premier a promu une tolérance limitée, qui s'étend à tous mais condamne l'athéisme, tandis que Voltaire serait allé jusqu'à élargir la tolérance aux non-croyants. Cette division résiste mal à l'examen. Pas plus que Locke, Voltaire ne permet l'athéisme, qu'il juge antisocial, reprenant l'argument de son prédécesseur : il est impossible de faire confiance à un athée. Alors que les lois punissent les crimes effectivement commis, rien, si ce n'est la crainte de Dieu, ne peut réprimer les intentions criminelles (comme la décision de ne pas respecter son serment ou de ne pas tenir ses promesses).

 

Au XVIIe siècle, Pierre Bayle avait accompli la séparation décisive de la religion et de la morale, en faisant l'hypothèse d'un athée vertueux : une possibilité connue sous le nom de paradoxe de Bayle tellement elle semblait alors contraire au sens commun : tellement il paraissait incroyable que des esprits forts suivent un droit chemin. Tel est encore le motif de la condamnation de Voltaire, pour qui l'athéisme est un danger : « s'il n'est pas aussi funeste que le fanatisme, il est presque toujours fatal à la vertu » (Dictionnaire philosophique).

La divergence ne tient pas aux articles auxquels s'applique la tolérance (ce sont les mêmes) mais plutôt au climat de recherche évangélique, notoirement absent chez Voltaire. Locke a rédigé une Constitution de l'État de Caroline. C'est un modèle d'ouverture. L'État accepte non seulement le judaïsme et les églises protestantes, mais aussi le paganisme des Amérindiens. Il suffit de sept hommes pour fonder une secte. Locke formule un argument destiné à un bel avenir : la multiplicité des sectes fait leur innocuité. « Les esprits des hommes sont si divers en matière de religion, ils sont si délicats et scrupuleux dans les choses qui touchent à leur salut éternel que, lorsque la même tolérance est accordée à toutes les sectes, et que la force et la persécution ne soudent pas leurs rangs, on les voit se diviser et se subdiviser en corps toujours plus infimes, et porter à ceux dont ils viennent juste de se séparer et dont ils sont les plus proches, l'inimitié la plus grande, en sorte qu'ils se neutralisent les uns les autres et que l'État n'a rien à craindre d'eux tant qu'il leur accorde à tous également la justice et la protection » (Essai sur la Tolérance).

Sur le plan politique, donc, il ne faut pas craindre ce foisonnement, il faut l'encourager. Sur le plan religieux, tant pour Bayle que pour Locke, la pluralité des sectes n'est pas seulement un moindre mal : c'est un bien. Sans doute les limites de notre entendement la rendent inévitable : nul ne peut se prévaloir de détenir la véritable manière de comprendre et d'honorer la divinité. L'infirmité de la raison est la raison de tolérer ce que Bayle appelle les droits de « la conscience errante » et par voie de conséquence la pluralité des cultes et des croyances. Mais cette pluralité, qu'il faut tolérer, est aussi un bien, car l'échange d'arguments, entre des hommes de bonne volonté, est ce qui permet d'approcher, autant que la raison humaine en est capable, de la théologie la moins fautive et du culte le plus approprié. Pour Locke, « nous avons tous mission d'avertir notre prochain que nous le croyons dans l'erreur, et de l'amener à « la connaissance de la vérité par de bonnes preuves » (Lettre sur la Tolérance). Autant la contrainte est funeste, autant la discussion et l'échange des opinions sont avantageux.

 

Rien n'est moins voltairien qu'un tel espoir de s'entre-éclairer sur Ies fins dernières. Encore une fois, ce n'est pas qu'il verse dans l'athéisme, Voltaire ne doute pas de l'existence de Dieu. Mais de cette divinité, Voltaire nie que l'on puisse rien connaître. Dieu a créé le monde, c'est certain. Dans quel but? Nous n'en saurons jamais rien. Voltaire est farouchement hostile aux représentations chrétiennes, et l'idée d'un Dieu juge des actions et des exactions des hommes lui semble une puérilité. Fondamentalement, nous n'avons aucun accès à ce que Dieu peut vouloir, c'est une arrogance ridicule de porter nos regards si loin.

 

La sagesse un peu tassée de Voltaire se borne à l'échelle humaine. Améliorer nos misérables existences, nous montrer indulgents les uns envers les autres, c'est tout ce que l'on peut espérer. L'apologie du travail et de l'investissement forme l'envers d'un refus : les discussions religieuses et métaphysiques sont une perte de temps. Loin d'être les sujets qu'il importe le plus aux hommes de connaître, c'est le fief du Pangloss de Candide, il faut le lui laisser.

Tandis que Locke argumente sérieusement contre les visées hégémoniques des catholiques, Voltaire blague sur la virginité de Marie ou fait proposer, par la voix d'un abbé, de régler la question religieuse en exterminant d'un coup tous les protestants et tous les jansénistes du royaume, ces derniers estimés à « six millions, au moins ». Saupoudrer à Pâques les hosties de mort-aux-rats est la méthode envisagée. Certes, elle causerait des pertes collatérales parmi les jésuites qui communieraient ce jour-là, « mais il n'y a point de projet qui n'ait des inconvénients » (Traité sur la Tolérance).

 

Voltaire est très clairement l'ancêtre de l'humour bête et méchant. Ce n'est pas là un monopole français, de Jonathan Swift à Evelyn Waugh, la tradition britannique compte nombre de génies de l'acidité. Seulement ce ton n'est plus de mise : il est devenu odieux dans le débat public, où le politiquement correct œuvre en sens exactement inverse. L'humour bête et méchant fait flèche de tout bois, le politiquement correct s'acharne à proscrire tout ce qui pourrait blesser qui que ce soit, où que ce soit. C'est une bénignité active, impérieuse, qui ne veut rien laisser hors de sa juridiction.

Et voici comment Joyce Carol Oates nous hait de si bonne foi, nous qui dans notre « intolérance » faisons interdire au lendemain d'un massacre antisémite, le spectacle d’un raciste, antisémite, incitateur à la haine raciale, c’est à dire un hors-la-loi (française).

Quel que soit leur mode de fonctionnement vis à vis de la religion, tous les pays occidentaux se voient touchés par la haine et les tentatives de destruction, il serait grand temps de ne plus s'entre-critiquer à coup de piques acerbes sur qui a cherché quoi mais de chercher ensemble une solution internationale conte le terrorisme fanatique, d'une intolérance basée sur le divin.

ELLE

 

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