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Le blog des rainettes

Le blog des rainettes

De tout et de rien mais surtout de tout : de l'actualité aux voyages, en passant par la culture, littérature, cinéma, l'Art et jusqu'à la cuisine ou la politique, parfois le tout en même temps à 4 mains, à loisir et à l'envie ! Pourquoi ? Parce qu’un et un font un, parce qu’ils existent, parce que c’est suffisant et insuffisant à la fois, parce qu’ils sont toujours d’accord, parce qu’ils ne sont jamais d’accord, parce qu’il est persuadé d’avoir raison, parce qu’elle sait qu’elle a toujours raison, parce qu’il y aura toujours des questions insolubles, parce qu’il y a trop de personnes porteuses de vérités prêtes à l’emploi, parce qu’il y en d’autres envahies de doutes, parce que la liberté de s’exprimer, de se laisser porter est un privilège dont on n’a pas toujours conscience, parce qu’il faut l’explorer comme on explorerait un nouveau continent . Parce qu’ils ne se prennent pas au sérieux, parce qu’ils se prennent trop au sérieux, parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’internet, parce qu’ils aiment réagir, interagir, parce qu’un poste de télé ou un bon bouquin ça n’a pas beaucoup de répartie, parce qu’ils aiment des choses, sont dégoûtés, énervés, par d’autres, parce qu’ils contemplent. Parce qu’IL s’imagine en ermite reculé d’un monde fou au bord d’un étang, parce qu’ELLE veut voir le monde, parce qu’ils ont vu, parce qu’ils ont à voir, parce qu’IL repense la vie, l’univers et le reste dans un trempage hebdomadaire, parce qu’ELLE invente des vies, des univers et des restes dans des nuits blanches quotidiennes, parce qu’ELLE s’ennuie, parce qu’ils sont bavards, parce qu’ils sont timides, parce qu’ils sont différents, parce que les autres sont les autres, parce qu’ils sont de grands gamins et parce qu’ils en ont envie : le blog des reinettes, bavardages avec les grenouilles sur un bord d’étang reculé ou sur un coin de toile pseudo-sociale ! IL et ELLE

IL ETAIT UNE FOIS...

Cendrillon, un archétype mondial aux multiples visages

 

Cendrillon n'est pas que française ou européenne, comme on tend à le croire avec Perrault. Ce personnage est un archétype mondial, si bien que l'on dénombre plus de cinq cents versions consignées ! Sans compter les adaptations qu'en ont faites les artistes.

Si les histoires se sont transmises, ont été échangées, métamorphosées à travers les sociétés époques, souvent reprises écrivains, les cinéastes, les metteurs en scène, les chorégraphes, c'est qu'elles portent des vérités essentielles que nous ne pouvons nous dispenser de visiter. Cendrillon est de celles-ci, des plus populaires, appréciées, racontées et écoutés à travers le monde.

 

LE TOUR DU MONDE DE CENDRILLON

Depuis La Légende de Rhodope, l'histoire chinoise du IXe siècle de Yexian, le Tam et Cam vietnamien et les versions d'Asie du Sud, la Chujo Hime japonaise, la Oochigeas d'Amérique, l'Orpheline zaïroise, la Rasini burkinabée, la Rafara africaine, les Aicha, Géranium, Rmada couverte de cendres maghrébines, La Chatte cendreuse de Basile, la Cendrou/ié charentaise, la Cendrillon de Perrault, l'Aschen Puttel de Grimm, l'opéra-comique de Massenet, la Cenerento/a de Rossini, le ballet de Noureev, la comédie musicale Cindy et Pretty Woman, pour ne citer que peu d'exemples de récits consignés et d'adaptations, l'histoire s'est accordée à tous, sans compter les versions masculines qui s'y rattachent, comme Aske/adden en Norvège, Ivan de derrière le poêle ou Sivko Bourko en Russie, Grain de grenade au Maghreb.

L'histoire de Yeh-Hsien (Yexian), conte en chinois relaté par l'écrivain Duan Chengshi (800-863) dans son ouvrage Youyang zazu (IXe siècle), est la plus ancienne version écrite connue de l'histoire de Cendrillon.

On dénombre plus de cinq cents versions consignées, et au moins autant d'adaptations par les différents arts, de cette histoire archétypale : une jeune orpheline de mère est destituée de la position favorable qu'elle occupait au sein de sa famille. Maltraitée, avilie, elle se détachera de son foyer, répondra à une série d'épreuves et deviendra une femme accomplie.

 

L'ÉTRANGE TRÉSOR DE CENDRILLON

Les contextes culturels, politiques et sociaux ont certes influencé les motifs et provoqué de véritables mutations de l'histoire, mais le sens du récit n'a pas été altéré. Il s'est au complété, enrichi, d'exprimer au plus proche de chacun ce qui nous est commun. Pour bénéficier d'un engouement international, d'une transmission telle que nous éprouvons toujours ce besoin de fréquenter Cendrillon, de marier nos peines et nos joies aux siennes, d'adapter son parcours à nos modalités de vie, il faut que ce récit recèle des trésors incomparables et utiles à chacun.

Si l'histoire semble être une cassette à merveilles, l'héroïne ne possède pourtant rien, pas même un nom dans certaines versions. Elle est affublée de sobriquets dépréciateurs tels que l'Orpheline, la Cendrouse, la Pitcendras, la Souillon. Lorsqu'elle porte un nom, sa condition misérable l'en désinvestit et annule ce repère fondamental. La jeune fille ne s'en défend pas, ne revendique rien. Elle se soumet à la maltraitance avec un désarmant consentement et, en occultant son humanité, elle autorise les autres à le faire.

 

 

 

 

DÉPOURVUE D'IDENTITÉ

Si nos parents nous donnent biologiquement, physiquement naissance, notre psyché, nos connaissances nous sont également transmises par l'éducation et le soin que nos aînés en prendront. Notre impatience de réalisation peut nous pousser à nous en séparer, à rompre le lien, pour accéder plus rapidement à ce dont nous croyons être privés. La mort de la mère de Cendrillon manifeste ce désir d'autonomie précoce. La transmission sera coupée et la reconstitution exigera, à l'image des récits perdus et retrouvés, une attention et une lecture minutieuses et vigilantes.

 

Sa passivité apparaît comme un aveu : elle est perdue depuis la mort de sa mère, une mort discutée selon les origines de l'histoire. Elle est intentionnelle au Tibet : « – Je viendrais volontiers partager ce repas avec vous, mais ma mère ne m'y autorisera pas.
— Tu pourrais venir après avoir tué ta mère. La fille tue sa mère. » Elle est subie en Grèce où les aînées, jalouses de la cadette tant aimée, tuent la mère et s'érigent en marâtres. Elle est imposée dès les premières phrases au Danemark : « Il y avait une fermme qui avait une fille et une belle-fille. » Elle est en tous cas prématurée et prive la jeune fille de la protection maternelle. L'orpheline ne bénéficie pas de celle de son père, en voyage chez Perrault, manipulé à Fez, mort au Vietnam. Elle est seule à devoir veiller sur elle, mais n'y a pas été préparée.

La jeune fille vagabonde alors entre deux mondes : le présent tourmenté dans lequel elle évolue et le bienheureux et regretté passé. Elle ne choisit pas entre les deux et dilue sa présence entre le monde des vivants et le monde des morts. Fantomatique, elle erre dans un corps dont l'esprit est happé par celui d'une défunte, ainsi que l'éclaire Rossini. Elle se réduit aux yeux des autres à une enveloppe que l'on peut contrefaire à son gré. La version chinoise s'en amuse : Yeh-Hsien (Yexian) possède un poisson, son unique ami, qui ne répond qu'à son appel. La belle mère, jalouse, veut s'en emparer. « Elle porte les vêtements de la fille et se rend près de la mare. Elle appelle le poisson. Aussitôt il sort la tête de l'eau. » Dépourvue d'identité, sans nom et sans repère, elle mène une existence où ses désirs n'ont ni chair ni place.

 

DE L'OR SOUS LA CENDRE

Tout se passe comme si les vertus de l'héroïne s'axaient sur un dévouement courageux. La jeune fille se pose en gardienne d'un foyer chaotique dont elle est désormais la seule à pouvoir assurer la survie. Elle est la seule à garder la mémoire de sa mère, unique figure bienveillante féminine autour d'elle. Pour le bien-être de sa famille, elle renonce à elle-même. Elle confond son destin avec celui de son père, de sa marâtre, de sa fratrie. Cette bonté sans pareille est aussi soutenue par la nécessité. Que se passerait-il si elle se rebellait alors qu'elle n'en a pas les moyens ? Elle n'a pas choisi la mort. Elle vit encore un peu.

La jeune fille cherche. Elle tente de trouver un élan dans le souvenir secourable. Souvent  sublimé, il offre des instants de paix nourrissants de confiance, et d'espoir. Cendrillon se réfugie dans les cendres, celles du deuil, celles de sa mère. La jeune Tibétaine se réchauffe dans la  laine et se nourrit du lait de la vache dans laquelle l'esprit de sa mère s'est incarné. De regrets en souvenirs, le lait nourrit, la chaleur réveille les sens engourdis, les braises provoquent le sursaut. La jeune fille renait à sa vie. Comme le phénix de Tam la jeune Vietnamienne, elle renaît de ses cendres. Elle se met « en route et tente sa chance. Car même cette pauvre malheureuse voulait voir l'invisible dans le grand Wigwam au bout du village » (Pays Alonquin).

 

UN PARCOURS EXEMPLAIRE

La prise de conscience nécessaire à sa reconstruction a commencé. La jeune fille replace ses actions dans une direction qui donne un sens à sa vie. Elle traverse son obscurité, entrailles de sa mutation, matrice de sa vie de femme en gestation. D'étape en étape, aux prises avec des épreuves d'endurance, aux rites de passage, les symboles en présence réveillent le goût de son humanité. Elle vit une initiation où franchir un passage est déjà un triomphe. Elle devient apte à dominer la perte, la déception, la souffrance. Elle les intègre comme des transformations nécessaires à sa réalisation. Elle se mesure aux agitations chaotiques, les siennes et celles du monde qui l'entoure. Avec humilité, elle accepte sa faiblesse, même lorsqu'elle perd son soulier ou sa quenouille. Elle accueille sa richesse, ses capacités. Le soulier que Cendrillon a conservé n'a pas souffert du désenchantement et le pot de la jeune égyptienne est resté magique. Ce souvenir-là est une preuve : elle sait désormais rayonner. Elle a retrouvé ses sens, en est devenue maîtresse. Elle rencontre le désir et s'incarne peu à peu. Elle autorise alors les autres à la désirer et à la rencontrer.

Le parcours finalement accompli devient exemplaire. Chacun, selon ses besoins, pourra s'y référer. Sans expliquer ni juger, il nous situe à tous les moments de notre vie. Il nous montre nos souffrances, nos épreuves, et indique l'espoir. La fiction dans laquelle il s'inscrit selon les origines des versions nous divertit avec bonté. Elle nous permet d'accéder avec un émerveillement naïf aux vérités que nous avons besoin d'entendre pour mesurer notre parcours.

 

Cette jeune fille perdue, devenue une héroïne remarquable sur toute la surface du globe, se joue ainsi de la métamorphose, de l'espace et du temps pour devenir un emblème de la révélation féminine.

 

ELLE

 

 

 

Sources : Sous la cendre, Figures de Cendrillon. Anthologie établie et postfacée par Nicole Belmont et Élisabeth Lemirre aux Éditions José Corti (2007).

 

 

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