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Le blog des rainettes

Le blog des rainettes

De tout et de rien mais surtout de tout : de l'actualité aux voyages, en passant par la culture, littérature, cinéma, l'Art et jusqu'à la cuisine ou la politique, parfois le tout en même temps à 4 mains, à loisir et à l'envie ! Pourquoi ? Parce qu’un et un font un, parce qu’ils existent, parce que c’est suffisant et insuffisant à la fois, parce qu’ils sont toujours d’accord, parce qu’ils ne sont jamais d’accord, parce qu’il est persuadé d’avoir raison, parce qu’elle sait qu’elle a toujours raison, parce qu’il y aura toujours des questions insolubles, parce qu’il y a trop de personnes porteuses de vérités prêtes à l’emploi, parce qu’il y en d’autres envahies de doutes, parce que la liberté de s’exprimer, de se laisser porter est un privilège dont on n’a pas toujours conscience, parce qu’il faut l’explorer comme on explorerait un nouveau continent . Parce qu’ils ne se prennent pas au sérieux, parce qu’ils se prennent trop au sérieux, parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’internet, parce qu’ils aiment réagir, interagir, parce qu’un poste de télé ou un bon bouquin ça n’a pas beaucoup de répartie, parce qu’ils aiment des choses, sont dégoûtés, énervés, par d’autres, parce qu’ils contemplent. Parce qu’IL s’imagine en ermite reculé d’un monde fou au bord d’un étang, parce qu’ELLE veut voir le monde, parce qu’ils ont vu, parce qu’ils ont à voir, parce qu’IL repense la vie, l’univers et le reste dans un trempage hebdomadaire, parce qu’ELLE invente des vies, des univers et des restes dans des nuits blanches quotidiennes, parce qu’ELLE s’ennuie, parce qu’ils sont bavards, parce qu’ils sont timides, parce qu’ils sont différents, parce que les autres sont les autres, parce qu’ils sont de grands gamins et parce qu’ils en ont envie : le blog des reinettes, bavardages avec les grenouilles sur un bord d’étang reculé ou sur un coin de toile pseudo-sociale ! IL et ELLE

Alien

L'Alien, nouveau monstre
de l'imaginaire contemporain

 

Avec Alien : Covenant, son nouveau film sorti en mai, le cinéaste Ridley Scott nous confronte à l'image de notre propre noirceur, celle de l'Alien qui porte en lui nos vices. Et souligne notre souhait d'être investis de la puissance du monstre pour terrasser nos peurs ancestrales. Mais qui est notre Alien ?

Kathleen Hughes devant des Aliens dans Le Météore de la Nuit.Kathleen Hughes devant des Aliens dans Le Météore de la Nuit.

Kathleen Hughes devant des Aliens dans Le Météore de la Nuit.

D'où vient « Alien » ?

En français, ce mot a pris aujourd'hui le sens restreint d'extraterrestre. II désigne une espèce de créatures de science-fiction. C'est oublier que ce terme, issu de la langue anglaise, signifie "étranger" au sens large. Ce mot a toujours ce sens, notamment en anglais américain, où un immigrant étranger par exemple peut être désigné comme alien.
La première fois que je suis entrée aux Etats-Unis, j’ai comme tout le monde dû passer par leur impressionnant service de douane et après avoir juré en mon âme et conscience que je n’avais jamais torturé d’enfant et que je n’avais pas l’intention d’assassiner le Président américain, je me suis retrouvée devant deux files : celles pour les « US citizens » et celles pour les « aliens ». Pour une française qui débarquait dans le pays, j’avais été impressionnée et sans aucun doute marquée puisque je m’en souviens encore. Les américains ont dû se rendre compte que cela pouvait choquer car ils ont modifié "aliens" en "visitors".

 

VÉRITABLE ARME VIVANTE

Les créatures fantastiques font partie de notre passé et de nos légendes. Au fur et à mesure des expéditions, le territoire des dragons, licornes et autres feux follets s'est rétréci au point de ne plus leur laisser comme horizon que celui de nos rêves et cauchemars. Il est de bon ton de se tourner vers ces temps anciens avec nostalgie ou, au contraire, de les regarder avec un air suffisant. Pourtant, rien n'a véritablement changé. Si le monde ne leur offre plus l'asile, l'espace, hors de notre portée, leur a ouvert, avec notre accord, ses portes. Ainsi, un univers inconnu et sans limites est devenu le refuge de nos espoirs et, surtout, de nos peurs. Et quelle créature est plus effrayante que l'Alien ?

En 1979, le film Alien, le Huitième Passager, réalisé par Ridley Scott, fait entrer un nouveau monstre dans notre univers imaginaire : le Kiande Amedha. Ce nom reste quasiment inconnu du grand public mais l'Alien marque les esprits. Le succès et la popularité de ce fléau de l'univers n'a jamais faibli, tant au cinéma, qui nous a offert un nouvel opus ce printemps, après de nombreux films régulièrement réalisés au cours des dernières décennies (Aliens, le Retour en 1986, Alien 3 en 1992, Alien, la Résurrection en 1997, Alien vs Predator en 2004, Aliens contre Predator : Requiem en 2007, et Prometheus en 2012), que dans la littérature, la bande dessinée et les jeux vidéo.
(J’avoue, je ne les ai pas tous vus… mais IL devrait pouvoir compléter mes lacunes et rectifier mes erreurs sans problème, je lui fais confiance sur ce point !)

 

Créé, comme l'humanité, par les ingénieurs, une race de géants extra-terrestres, ce xénomorphe est une véritable arme vivante dénuée d'empathie pour toute autre forme de vie. Les seules interactions connues que les Aliens entretiennent avec des représentants d'autres espèces, comme les humains et les Predators, se limitent à les anéantir ou à les utiliser pour le développement de leurs larves. Cela explique d'ailleurs leur dénomination scientifique : Internecivus raptus (c'est-à-dire "voleur meurtrier"). Le succès mondial de ce monstre cinématographique, si important qu'il est devenu un personnage de l'imaginaire collectif, n'est ni le fruit du hasard ni, totalement, celui d'une campagne publicitaire savamment orchestrée. Le Kiande Amedha répond aux appels de notre imagination et de nos instincts. Il exerce sur nous à la fois une fascination et une répulsion que nous ne pouvons refréner.

Vaincre ses démons est une motivation pour outrepasser ses limites.

 

PORTEUR DE NOS VICES

L'inconnu est une source de peur classique et l'espace, par ses dimensions, les possibilités infinies d'environnements qu'il implique et notre ignorance à son sujet, en devient une source inépuisable d'angoisse profonde. Par son apparence, celle d'un humanoïde émacié et que l'on doit à l'artiste suisse Hans Rudolf Giger (1940-2014), l'Alien renvoie aux bipèdes que nous sommes l'image de notre propre noirceur. Il n'est, en cela, pas totalement différent de nous et, conséquemment, porte en lui nos vices. Sa peau métallisée et sombre (principalement noire, parfois rouge) accentue la sensation de malaise. Son exosquelette, presque une carapace, évoque l'insecte, objet lui-même de révulsion, Comme si cela n'était pas suffisant, son corps nous apparaît affreusement difforme. Sa tête, longuement étirée vers l'arrière, est d'une taille démesurée comparée au reste du corps. Il ne possède pas d'yeux et une seconde bouche s’ouvre à l’extrémité de sa langue. Son épine dorsale est couverte d’excroissances et sa queue aussi longue que son corps est squelettique. Sa seule vue glace le sang et ce d’autant plus que sa taille nous place dans une position d’infériorité humaine.

 

LE CHASSEUR DEVIENT LA PROIE

Cette peur primale est alors paralysante. Mais l’angoisse peut aussi aider à se dépasser. Vaincre ses démons est une motivation pour outrepasser ses limites. Cette notion même de déclencheur moteur est anéantie par le Riande Amedha, croque-mitaine du monde adulte.

La peur de l’imprévisibilité crée ensuite une forme de panique.

 

Ce xénomorphe n'émet aucune chaleur et se déplace en silence. À l'aise dans l'obscurité la plus sombre, il s'y déplace en compensant l'absence d'organes visuels par l'usage de l'écholocalisation et sa capacité à détecter les phéromones. Son agilité lui confère l'habilité de se déplacer sur une grande variété de surfaces et sa minceur l'autorise à se faufiler dans les passages les plus étroits. D'ailleurs, aucun environnement ni aucune circonstance ne sont des obstacles pour cette bête de guerre. Patient, opiniâtre, agressif et mû par l'instinct seul, il ne lâche pas celui qu'il a décidé d'abattre. L'Alien ne connaît pas la fatigue tout en pouvant s'adapter aux environnements les plus extrêmes. Son unique point faible semble être la chaleur et le feu (et le vide pour des fins de films plus spectaculaires). Sa proie autant que celui qui le traque n'a donc que peu de chances de le repérer ou de le semer. Son attaque, rapide au demeurant, peut venir à tout moment, en tous lieux sans laisser une chance de l'anticiper. Le chasseur devient bien souvent la proie à son tour. Une situation peu enviable car vient alors une autre étape dans le processus croissant d'effroi, celle de la peur de la mort. L'homme ne fait plus face à l'inconnu ou à la laideur mais à sa fin. La "Mort Noire" annonce son inéluctable trépas. Tout, dans ce monstre, en fait une créature destinée à tuer sans espoir envisageable pour sa victime.

Dès que le corps-à-corps est engagé, sa victoire est quasiment assurée. Ses griffes sont capables de découper les métaux les plus résistants et ses dents, tout comme ses quatre excroissances dorsales, sont aussi tranchantes que des rasoirs. Sa queue, préhensile, est capable d'empaler tout ce qui se trouve à sa portée. Griffes, dents, queue, autant d'attaques possibles qui se déchaînent en tous sens sur son malheureux adversaire. Parvenir à blesser un Alien en combat rapproché n'est pas un exploit si positif car son sang est un puissant acide sans équivalent et donc une défense efficace. Sa salive est d'ailleurs tout aussi corrosive et il n'hésite pas à s'en servir au combat, en la crachant sur son ennemi.

 

MORT ET REPRODUCTION

Le Kiande Amedha est une créature grégaire. Elle vit dans des communautés que l'on peut comparer à celles des fourmis et des termites, nouvelle référence au monde des insectes. Composée d'individus asexués au nombre indéterminé et dont le système de communication est encore mal expliqué, cette espèce trouve refuge dans des "ruches" composées d'une sorte de résine que les Aliens régurgitent et appliquent à une structure préexistante. À la manière d'une toile d'araignée, celle-ci conduit les vibrations et rend une invasion ou une venue de l'extérieur périlleuse.

Ils assurent leur pérennité grâce à une reine imposante car haute de près de 5 m, et d'un intellect supérieur à l'intelligence limitée des autres membres de la colonie. C'est en fait davantage pour des questions de reproduction que d'alimentation (il n'est d'ailleurs pas exclu qu'ils n'aient pas à se nourrir) que les Aliens chassent.

Les oeufs que la reine pond en grande quantité donnent naissance à des arachnoïdes à huit bras et à longue queue surnommés facehuggers (c'est-à dire enlaceurs de visages) qui sont la première étape d'un processus de reproduction lui-même intimement lié à la mort. Une fois sorti de sa coquille, unfacehuger s'agrippe au visage et enroule son appendice caudal autour du cou d'une créature vivante proche puis, par l'injection d'un produit paralysant, la rend inconsciente. Cette phase accomplie, le parasite implante un embryon dans le corps de la victime (l'estomac, chargé d'acide). Durant tout ce processus, tenter d'arracher le facehugger met l'hôte en danger puisque, par réflexe, sa queue se resserre, étouffant sa proie. Une attaque directe est tout aussi dangereuse en raison du sang acide de la créature. Une fois l'implantation réalisée, le facehugger se détache puis meurt. L'embryon, de son côté, se développe en moins d'un jour et, ayant atteint la taille de 30 cm environ, sort de son hôte en lui ouvrant le ventre (d'où le nom de chestburster donné à cet organisme), le condamnant à mort. Une vie pour une vie. Quelques heures plus tard, il termine sa croissance pour devenir adulte.

 

PEUR ET ATTIRANCE

L'Alien cumule donc en lui un grand nombre de nos peurs. Une situation relativement inédite qui est aussi source de la fascination qu'il exerce sur le public. On projette alors sur le monstre des espoirs fous comme nos ancêtres le faisaient sur les créatures légendaires. C'est tout d'abord le magnétisme, symbolique autant que physique, du pouvoir. L'envie d'être investi d'une telle puissance ou de pouvoir le vaincre extrait l'homme de sa propre impuissance, Le courage d'affronter ou, simplement, d'être confronté au tueur le plus impitoyable de l'Univers nous donne le droit de surmonter tous les obstacles que la vie dresse sur notre chemin. C'est ainsi que croît et se perpétue notre attirance indéfectible pour l'Alien, qu'elle soit cinématographique, livresque ou ludique.

ELLE

Un grand merci à ELLE pour ce développement détaillé autour d'une créature emblématique du cinéma d'horreur spatial (surtout sachant que tu n'apprécies pas vraiment ^^). C'est vrai qu'Alien suscite une fascination particulière. Il est possible que cela vienne de son apparence entre l'humain et le grotesque infernal (Bosch aurait pu l'imaginer). Elle recombine l'ADN humain pour en faire un croque-mitaine à la force brutale. Dans ce sens, il s'agit vraiment, au sens littéral, d'une version noire de notre humanité. 

En face de cette créature se trouve Ripley, Sigourney Weaver, une humaine. Il s'agit de l'ingrédient essentiel pour conserver l'espoir face à la destruction animale. De film en film, la jeune femme et la mort (à ne pas confondre avec "La Jeune Fille et la Mort", à la musique envoutante et à l'histoire poignante, toujours avec Sigourney) dansent et se rendent presque coup pour coup. Ripley se bat et survit. Elle se confronte également à la perversité humaine au travers des représentants de la firme, entreprise qui cherche à maitriser la bête pour le profit, sans jamais y parvenir bien sûr, on n'enchaine pas la noirceur de nos instincts. 

La conclusion à cette parabole sera donnée par J.-P. Jeunet en choisissant de suivre la voie qui peut rapprocher l'Alien de l'humain (par le biais d'une reproduction intra-utérine, une première pour ces bestioles), tout en faisant de l'héroïne humaine une créature hybride se rapprochant de l'Alien par une combinaison génétique improbable. C'est elle qui l'emporte tout en assumant un déchirement intérieur (choisir de sacrifier une partie d'elle). 

Ainsi, on pourrait conclure que la seule possibilité qui s'offre à nous de sortir vivant de la confrontation avec ce qui est au plus noir et plus profond de notre humanité, c'est d'en accepter une partie et d'assumer que tout humain que nous sommes, notre animalité fait intégralement partie de nous. Acceptons la pour éviter de la voir surgir d'un recoin sombre à notre corps défendant et pour notre plus grande frayeur. 

Enfin... si on oublie qu'il s'agit de films d'action destinés à jouer sur les codes des films d'horreur, avec des rebondissements, malheureusement, parfois téléphonés ;-). 

IL

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