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Le blog des rainettes

Le blog des rainettes

De tout et de rien mais surtout de tout : de l'actualité aux voyages, en passant par la culture, littérature, cinéma, l'Art et jusqu'à la cuisine ou la politique, parfois le tout en même temps à 4 mains, à loisir et à l'envie ! Pourquoi ? Parce qu’un et un font un, parce qu’ils existent, parce que c’est suffisant et insuffisant à la fois, parce qu’ils sont toujours d’accord, parce qu’ils ne sont jamais d’accord, parce qu’il est persuadé d’avoir raison, parce qu’elle sait qu’elle a toujours raison, parce qu’il y aura toujours des questions insolubles, parce qu’il y a trop de personnes porteuses de vérités prêtes à l’emploi, parce qu’il y en d’autres envahies de doutes, parce que la liberté de s’exprimer, de se laisser porter est un privilège dont on n’a pas toujours conscience, parce qu’il faut l’explorer comme on explorerait un nouveau continent . Parce qu’ils ne se prennent pas au sérieux, parce qu’ils se prennent trop au sérieux, parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’internet, parce qu’ils aiment réagir, interagir, parce qu’un poste de télé ou un bon bouquin ça n’a pas beaucoup de répartie, parce qu’ils aiment des choses, sont dégoûtés, énervés, par d’autres, parce qu’ils contemplent. Parce qu’IL s’imagine en ermite reculé d’un monde fou au bord d’un étang, parce qu’ELLE veut voir le monde, parce qu’ils ont vu, parce qu’ils ont à voir, parce qu’IL repense la vie, l’univers et le reste dans un trempage hebdomadaire, parce qu’ELLE invente des vies, des univers et des restes dans des nuits blanches quotidiennes, parce qu’ELLE s’ennuie, parce qu’ils sont bavards, parce qu’ils sont timides, parce qu’ils sont différents, parce que les autres sont les autres, parce qu’ils sont de grands gamins et parce qu’ils en ont envie : le blog des reinettes, bavardages avec les grenouilles sur un bord d’étang reculé ou sur un coin de toile pseudo-sociale ! IL et ELLE

Sur une île déserte...

Sur une île déserte...

Pourquoi Robinson Crusoé met-il un point d'honneur à porter à table ses habits du dimanche ? Est-ce qu'il n'a aucun besoin d'autrui pour conserver le respect de lui-même ? Ou est-ce qu'il a tant besoin de l'autre qu'il en vient à faire comme si quelqu'un le regardait ? Quoi qu'il en soit, pour le meilleur ou le pire, poisseuse ou joyeuse, avec la solitude sur une île déserte, c'est tous les jours dimanche.

Michel Tournier lui fait dire "Je sais maintenant que si la présence d'autrui est un élément fondamental de l'individu humain, il n'en est pas pour autant irremplaçable. Nécessaire certes, mais pas indispensable. »

 

 

 

Les exemples de solitude nous donnent une définition ambivalente où l’on retrouve autant le sentiment de plainte que de réjouissance. De la vieille dame qui fait ses courses le matin avant de retourner à son salon pour en fixer l'horloge, à l'artiste maudit qui rompt avec tout commerce, en passant par le philosophe qui, excluant de sa méditation le monde de la matière, échange l’expérience d’extériorisation contre l’introspection solitaire de son esprit, la solitude est une alternative qui expose à la détresse ou invite à la joie.

 

La solitude est inévitable (tout le monde est seul au monde), mais elle est impossible (tout solitaire est une foule à lui tout seul) : « Je suis seule au travail si c'est être seule qu'être entourée d'idées ou d'êtres nés de son esprit... Ce qui veut dire qu’au fond, je ne suis pas seule » écrit Marguerite Yourcenar. En ce sens, parler tout seul n'est un signe de folie qu'aux yeux des imbéciles : le solitaire ne soliloque pas, il dialogue avec les fantômes qui le peuplent et l'altèrent. Quand elle est bien vécue, quand elle est choisie, la solitude préfère la compagnie véritable de ceux qui nous hantent à la sollicitude artificielle de ceux qui nous distraient. Mais comment, sans témoin, ne pas se laisser aller ? Comment convertir l'isolement en autarcie bienheureuse ? Où trouver la force de reconnaître à la solitude le mérite du silence ? Comment transformer la solitude qui désunit en solitude qui réunit ? Comment passer de l'insularité douloureuse à l'intégrité retrouvée d'un être qui n'a nul besoin du commerce d'autrui pour se sentir vivant ?

Comment vivre sans être attendu quelque part ?

 

Pascal écrit "L'Homme seul est quelque chose d'imparfait; il faut qu'il trouve un second pour être heureux". Nous vivons dans le sentiment qu'être seul, c'est n'être qu'à moitié. Si la solitude est un drame, c'est qu'elle est synonyme d'incomplétude, si l'isolement est une carence, c'est qu'il signifie la perte de soi-même. De là l'idée que si l'Homme n'était pas irrémédiablement seul, il ne serait pas sociable, qu'un plaisir est moindre quand il est solitaire, mais que la solitude grandit après chaque étreinte où, pour un instant seulement, l'Homme a cru s'unir à l'autre. De là l'instinct grégaire et la tyrannie de la majorité qui portent les individus à dénoncer en meute celui qui ne leur ressemble pas. De là également la certitude que faute de trouver l'âme sœur, il faut se marier pour ne pas être tout seul quand viennent le soir et l'hiver. Guy de Maupassant fait conseiller à son personnage dans Bel Ami : « Mariez-vous, mon ami, vous ne savez pas ce que c'est que de vivre seul, à mon âge la solitude, aujourd'hui, m’emplit d'une angoisse horrible ; la solitude dans le logis, auprès du feu, le soir. » En d'autres termes autrui n'est qu'un poêle qui réchauffe d’avantage qu'un feu de cheminée. Pire encore que l'incomplétude, la solitude c'est l'inconfort, faire de la solitude un drame, c'est plaindre l'Homme que rien ne vient distraire. Chercher sa moitié, c'est, en vérité, demander à autrui de nous désennuyer, de tuer le temps, et peu importe l’autre en question : quand mon confort (c'est-à-dire l'oubli temporaire de ma mort) dépend d'autrui, ce dernier est interchangeable.

Le solitaire bénit la chance de vivre loin des regards. Si l'enfer, c'est les autres, alors le paradis, c'est leur absence.

Au diable donc, les palliatifs et les divertissements ! Si la mauvaise solitude s'atténue provisoirement avec la présence de l'autre, la bonne solitude s'accroît durablement à son contact. L'unique remède à la solitude de celui que personne n'attend est la solitude de celui qui, non par dépit mais plein de lui-même, n'attend rien de personne. Pétrarque dit « C’est la résidence des joies, d’où sont bannis les plaisirs, un lieu où la sobriété est souveraine, où le lit est chaste et paisible, où la conscience est un paradis. Conséquence : L’Homme affairé se lève de table plein d’ivresse et de d’écœurement ; l’autre, tranquille et sobre. L’un soupçonne et craint d’être malade, l’autre, conscient de sa frugalité, est à l’abri de tous les maux auxquels le corps d’un Homme est sujet. Celui-là s’emporte ou se raille ; celui-ci, renonçant à l’une et l’autre de ces attitudes, remercie Dieu. Sur ces entrefaites, l’entière journée du premier se dissipe entre les débauches et les siestes, entre la tourmente des soucis et la rudesse des affaires. Le second, partagé entre les louanges divines, les belles lettres, la découverte de choses nouvelles ou le souvenir d’anciennes, la nécessité du repos et d’honnêtes divertissements, ne perd rien de sa journée, ou peu. »

 

Le solitaire véritable n'est pas un reclus que mortifie sa condition mais un amoureux satisfait d'aimer, qui, faisant son deuil de la mort elle-même, bénit la chance de vivre loin des regards, et donc près du ciel. Si l'enfer, c'est les autres, alors le paradis, c'est leur absence.

La solitude peut ainsi être perçue comme état heureux lorsqu'elle est choisie. Mais "Malheur à l'Homme seul" dit la bible, car "lorsqu'il sera tombé, il n'y aura personne pour le relever."

 

En passant de la douleur à la candeur, la solitude maintient le monde à l'état d'énigme pour une conscience affranchie du besoin de séduire. Débarrassé du regard et des jugements qui l'accompagnent, le solitaire se donne les moyens de ne pas haïr ni de regretter, mais de comprendre et de s'étonner, par-delà bien et mal. Mieux vaut être curieux de tout que remplir le vide. Le misanthrope, le solipsiste et les époux s'échinent à tromper la solitude que le solitaire (ou l'enfant qui joue) chérit comme l'occasion de communier avec le monde. Les uns gémissent d'être seuls dans le désert, l'autre se réjouit d'être seul au milieu de la foule.

Les organisations religieuses recherchent le bonheur dans la solitude, telles que le bouddhisme où le bouddhiste se cherche lui-même et évolue dans la solitude de son cheminement propre. Cependant, on peut vouloir être seul non pas pour se couper d'autrui, mais pour se retrouver soi-même. Reprenons l'exemple des ermites qui s'enferment dans un isolement volontaire. Seuls, ils sont à la recherche de vérités supérieures et de principes essentiels et n'ont nullement besoin d'autrui pour satisfaire cette recherche. "La solitude est un enfer pour ceux qui tentent d'en sortir, elle est aussi le bonheur pour les ermites qui se cachent" disait Kobo dans La face d'un Autre.

 

 

Guigues, appartenant à l'ordre des Chartreux, ordre religieux contemplatif, adressait une lettre à un ami dans laquelle il lui vantait les avantages de la vie en solitaire : "pour moi, celui qui est vraiment heureux n'est point l'ambitieux mais celui qui choisit de vivre humble et pauvre dans un ermitage, qui aime s'appliquer à méditer sagement en paix, dans le repos, qui désire ardemment demeurer assis solitaire dans le silence." Dans cette même lettre, il avançait également que la solitude n'était pas innée mais que "la vie pauvre et solitaire devient à la fin céleste", l'idéal des moines tant de demeurer dans la solitude et l'ermitage. Ces moines se qualifient comme dignes des plus grands désirs, car ils ne désirent rien. Le bonheur leur est-il alors plus accessible ? Le fait de ne rien désirer est-il une forme de satisfaction du désir, conduisant au bonheur ? Cette solitude choisie serait-elle la clé du bonheur ? On semble pouvoir trouver satisfaction dans la solitude, mais volontaire. C’est notamment le cas de Rousseau qui rédigea à la fin de sa vie Les rêveries du Promeneur Solitaire : "me voici donc seul sur la terre, n'ayant plus de frère, de prochain, d'ami, de société que moi-même". Dans cet ouvrage, Rousseau présente une vision philosophique du bonheur à travers un isolement relatif, une vie paisible en relation fusionnelle avec la nature et en l'absence d'autrui. Dans son isolement, il peut ainsi porter un regard sur lui-même : "mais moi, détaché d'eux et de tout, que suis-je moi-même? Voilà ce qui me reste à chercher. »

 

Cependant, Rousseau montre aussi dans son Discours sur l'Origine et les Fondements de l'Inégalité parmi les Hommes, qu'il existe une distinction entre l'Homme civilisé qui est heureux sur le seul témoignage d'autrui plutôt que sur le sien, et le sauvage qui "vit en lui-même", c'est donc l'Homme civilisé qui a besoin d'autrui pour exister.

 

 

"Pour obtenir une vérité quelconque sur moi, il faut que je passe par l'autre" disait Sartre dans l'Existentialisme est un Humanisme. En effet, autrui est constitutionnel de la conscience de soi, c'est par autrui que passe le regard qu'on porte sur soi-même. Tous nos sentiments, expressions, passent par le regard d'autrui comme le montre encore Robinson : "Tous les sentiments qu'un Homme projette sur ceux qui vivent autour de lui, je suis bien obligé de les faire converger vers ce seul "autrui" sinon que deviendraient-ils?" Nos sentiments étant reçus par autrui, quel serait alors leur intérêt si autrui était absent? "Que ferais-je de ma pitié et de ma haine si Vendredi ne m'inspirait pas en même temps pitié et haine?" De même, le regard d'autrui nous donne une image de nous-mêmes comme le montre Sartre dans l'Etre et le Néant où il avance que ce qu'on est pour soi, c'est d'abord ce qu'on est pour autrui. Un sentiment a besoin d'autrui pour être reçu, pour exister. En effet, "autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même".

 

L'absence d'autrui conduit naturellement à l'état de solitude. Mais quel effet cette solitude peut-elle avoir sur l'Homme?

Celle-ci peut être perçue comme un état destructeur, à condition bien sûr qu'il s'agisse de solitude subie et donc involontaire. Robinson Crusoé affirme encore que "la solitude est un milieu corrosif qui agit sur moi lentement mais sans relâche, et dans un sens purement destructif."

La seule présence d'un autre que moi, un "autre moi" permet à l'Homme de se rassurer. C'est ce que l'on voit dans le film Seul au Monde de Robert Zemeckis, relatant l'histoire d'un Robinson moderne, où celui-ci se crée un "autrui", Wilson, un ballon sur lequel il dessine un visage, qui lui tiendra compagnie dans sa solitude.

 

L'Homme n'est donc pas fait pour vivre dans la solitude, il a besoin de vivre en société. Sans cette société, donc sans éducation, il ne développe pas la conscience de soi, caractéristique principale de l'Homme.

 

Vivre heureux dans la solitude signifierait pouvoir se passer d'autrui, or, il apparaît difficilement possible à l'Homme de vivre dans la solitude, il ne peut donc pas trouver le bonheur en l'absence d'autrui. Tout être humain recherche le bonheur et y voit la finalité de l'existence humaine. Le sens commun représente le bonheur comme la satisfaction complète de ses désirs : être heureux c'est être comblé. Or, c'est toujours par autrui que passe mon désir, je ne désire rien qui ne soit vu, pensé, possédé par autrui. Si le bonheur passe par la satisfaction de mes désirs et que mes désirs dépendent entièrement de la présence d'autrui, l'absence d'autrui ne permettrait pas la présence de désirs à satisfaire et ne permettrait donc pas le bonheur.

 

Victor Hugo l’affirme dans la Fin de Satan, "l 'Enfer est tout entier dans ce mot : solitude."

 

ELLE

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