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Le blog des rainettes

Le blog des rainettes

De tout et de rien mais surtout de tout : de l'actualité aux voyages, en passant par la culture, littérature, cinéma, l'Art et jusqu'à la cuisine ou la politique, parfois le tout en même temps à 4 mains, à loisir et à l'envie ! Pourquoi ? Parce qu’un et un font un, parce qu’ils existent, parce que c’est suffisant et insuffisant à la fois, parce qu’ils sont toujours d’accord, parce qu’ils ne sont jamais d’accord, parce qu’il est persuadé d’avoir raison, parce qu’elle sait qu’elle a toujours raison, parce qu’il y aura toujours des questions insolubles, parce qu’il y a trop de personnes porteuses de vérités prêtes à l’emploi, parce qu’il y en d’autres envahies de doutes, parce que la liberté de s’exprimer, de se laisser porter est un privilège dont on n’a pas toujours conscience, parce qu’il faut l’explorer comme on explorerait un nouveau continent . Parce qu’ils ne se prennent pas au sérieux, parce qu’ils se prennent trop au sérieux, parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’internet, parce qu’ils aiment réagir, interagir, parce qu’un poste de télé ou un bon bouquin ça n’a pas beaucoup de répartie, parce qu’ils aiment des choses, sont dégoûtés, énervés, par d’autres, parce qu’ils contemplent. Parce qu’IL s’imagine en ermite reculé d’un monde fou au bord d’un étang, parce qu’ELLE veut voir le monde, parce qu’ils ont vu, parce qu’ils ont à voir, parce qu’IL repense la vie, l’univers et le reste dans un trempage hebdomadaire, parce qu’ELLE invente des vies, des univers et des restes dans des nuits blanches quotidiennes, parce qu’ELLE s’ennuie, parce qu’ils sont bavards, parce qu’ils sont timides, parce qu’ils sont différents, parce que les autres sont les autres, parce qu’ils sont de grands gamins et parce qu’ils en ont envie : le blog des reinettes, bavardages avec les grenouilles sur un bord d’étang reculé ou sur un coin de toile pseudo-sociale ! IL et ELLE

Libres et égoïstes ?

Ces héros libertaires, de grands égoïstes ?

 

IL nous parle de la Liberté (Les Chemins de la Liberté) comme une bien belle aspiration, une recherche ultime qui donne un sens à la vie.

J’ai envie de mettre un bémol à sa démonstration. La Liberté ou sa recherche peut-être égoïste. Vivre libre à tout prix, c’est s’affranchir de la société, s’affranchir des codes et des autres.

On observe cette soif ou cette quête de liberté pure, sans aucune entrave dans de nombreux romans et/ou films (encore des adaptations) initiatiques. Les héros y perdent gros, parfois tout et en sortent rarement indemnes, leurs proches en subissent les dommages collatéraux.

Dommages collatéraux, causalties of war, en anglais, en effet, il s’agit bien ici d’une guerre pour la Liberté que livrent les héros dont je vais parler. Attention, ce n’est pas une guerre au nom de la Liberté, une guerre de tout un peuple contre un oppresseur mais bien une guerre individuelle au nom d’une quête personnelle où prime le chacun pour soi que nos héros vont livrer. On est en effet très loin de Paul Eluard qui écrit Liberté face à l’occupation de la France par l’Allemagne en 1940.

 

 

 

 

Je vais d’abord parler de Christopher McCandless, le personnage principal de Into the Wild, film de Sean Penn, adapté du récit de Jon Krakauer rédigé avec l’aide de la sœur de Chris.

 

Lassé de la société, des relations conflictuelles entre ses parents, du matérialisme, il avait une idée dans la tête que personne ne pouvait lui enlever : il fallait qu'il abandonne tout derrière lui afin de découvrir qui il était vraiment. Selon lui, la société actuelle et le matérialisme empêchent l'Homme de montrer sa vraie Nature. Il est donc parti en quête de lui-même, loin de la société. Cette recherche spirituelle devait se terminer dans la solitude la plus totale au beau milieu de l'Alaska, seul face à la vie sauvage.

Il a quitté son université, ses amis, ses parents, sa sœur dont il était très proche guidé par un idéal qu'il voulait atteindre à tout prix. Il fera ce voyage sans aucune demi-mesure. Il part lassé de la société de consommation, de la vie en société, de la vie de famille. Il part surtout influencé par ses lectures : Léon Tolstoï, Mark Twain et surtout Jack London. On trouve beaucoup de similitudes entre ces auteurs, leurs personnages et Chris.

Chris en s’inspirant de Tolstoï, Twain, London ne s’est pas inspiré de leur amour pour leurs familles, leurs parents, leurs épouses, leurs enfants. Il n’a pas vu les concessions que ces auteurs ont faites pour subvenir aux besoins de leurs familles, pour rester proche d’elles, pour les assurer au moins de leur présence.
Non, Chris a tout quitté et ne s’est pas retourné. Pire dans sa quête de Liberté, il s’est assuré qu’on ne le retrouverait pas. Il a noyé sa voiture et ses papiers dans un wash, laissant ainsi sa famille le croire mort. Il a troqué leur chagrin contre sa liberté. Et on le sait, sa liberté l’aura mené à l’endroit-même où il a abandonné ses proches, quelques centaines de jours plus tard et milliers de kilomètres plus loin, devant la mort.

Chris est un jeune homme aimé de tous, en effet, toutes les personnes rencontrées au fil du voyage se prendront d'amour ou d'amitié pour lui. Mais, aveuglé par son rêve obstiné de l'Alaska, Christopher ne perçoit pas le bonheur que peut procurer l'amour de l'autre. Il en prend conscience en lisant les lignes d'un ouvrage de Tolstoï qui décrit le bonheur parfait dans une microsociété rurale. Peu de temps avant de mourir, Christopher McCandless écrit au stylo sur une page d'un livre « Happiness only real when shared » (« Le bonheur n'est réel que lorsqu'il est partagé »).

 

 

Aron Ralston, l’auteur et héros de l’autobiographie 127 Heures (adaptée au cinéma par Danny Boyle), lui ne cherche pas la Liberté totale mais les sensations qu’elle procure, il part régulièrement en quête du frisson de la liberté : solitude, indépendance, grands espaces, dépassement de soi...

Il s’expose ainsi à un grand danger en choisissant de ne pas prévenir sa petite-amie, sa famille, ses collègues et compte sur eux pour tirer la sonnette d’alarme en cas de problème, les laissant impuissants dans leur ignorance de ses projets. Plus insouciants qu’égoïste, ces sensations de liberté, il les paiera dans sa chair et réalisera le poids de la solitude dans cette quête de bonheur et d’aventure libres. C’est de sa petite amie qu’il rêvera, c’est elle qui l’accompagnera dans ses délires, c’est à sa famille qu’il destinera la vidéo de son calvaire de solitude, c’est à ses amis absents qu’il s’adresse dans la détresse.

 

 

 

Bjorn Larsson, écrivain, professeur d’université, marin et aventurier est un auteur que j’aime lire. Il s’inspire de ses nombreux voyages pour écrire ses romans et ses essais qu’il écrit en suédois ou directement en français. J’ai  adoré ses livres, j'en ai attendu la sortie, j'ai admiré cet auteur érudit qui vit à bord de son propre navire avec lequel il sillonne les mers et océans… et j’ai lu son essai Besoin de Liberté. On y retrouve l’esprit de ses romans et de leurs personnages. J'aime toujours ses écrits, je les lis avec un peu moins d'admiration pour leur auteur, une petite note de réserve en arrière plan.

Dans La Sagesse de la Mer, déjà, Bjorn Larsson nous parlait de son besoin de Liberté et nous offrait un manuel à destination de qui souhaiterait larguer les amarres. Avec cet essai, Larsson revient sur ce qui fonde ce Besoin de Liberté, ce désir profond, intangible d’être libre de toute attache.

Tous ceux qui lisent ses livres, tous ceux qui ont lu Tolstoï, Twain ou London comme Chris d’Into the Wild n’ont pas coupé toute attache avec la réalité contraignante du quotidien, beaucoup en ont rêvé, nombreux sont ceux qui y ont joué mais qui sont rentrés assumer leurs responsabilités sociales et familiales.

Un homme libre, écrit Björn Larsson, c'est un homme qui possède un robuste navire au mouillage, qui a sur son compte bancaire de quoi régler les impôts de l'année prochaine, et qui peut partir à tout instant, sachant que nul ne pleurera son départ et que personne ne l'attend sur une autre rive. Il dit encore, qu'il ne connaît guère d'homme plus doué pour la liberté que lui-même. Indépendant. Farouchement Indépendant. Animé d'une sorte de vigilance méticuleuse qui protège ce choix initial dont il nous conte la naissance complexe et l'épanouissement qui ne l'est pas moins. Il nous explique qu’il ne dédaigne et ne néglige pas ses amis, ses amours et son enfant… mais il va quand même nous expliquer que si les romans et la chaire d’université paient l’aventure, les voyages et la liberté, avant d’être célèbre, il faut faire des sacrifices et ces sacrifices, c’est sa compagne qui les a faits. Il partait, elle restait et finançait les voyages, élevait leur enfant et attendait le retour du marin et la sortie du roman de l’écrivain… C’est une façon de voir la vie, la Liberté et les moyens de l’atteindre.

 

C’est souvent l’homme qui part libre, à l’aventure et plus particulièrement sur les mers. Y aurait-il un sexisme de la Liberté ?
Renaud nous le chante bien :

"C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme
Mais elle prend pas la femme
Qui préfère la campagne
La mienne m'attend au port
Au bout de la jetée
L'horizon est bien mort
Dans ses yeux délavés
Assise sur une bitte
D'amarrage, elle pleure
Son homme qui la quitte
La mer c'est son malheur"

 

Est-ce que la mer, la Liberté de Bjorn, est le malheur de Helle ? Est-ce que Larsson a toujours assumé réellement seul son Besoin de Liberté ou était-il un brin égoïste ?

 

 

Encore une Liberté prise aux dépends d’une femme, celle de Denys Finch Hatton au dépend de Karen Blixen dans son autobiographie Out of Africa (portée à l’écran par Sidney Pollack).

Karen Blixen est issue de l’aristocratie danoise et se veut aventurière et voyageuse imaginaire. Elle désire plus que tout concrétiser ce rêve mais les femmes de la première moitié du vingtième siècle doivent acheter leur Liberté. Le prix de celle de Karen Blixen sera un mariage qui l’amènera au Kenya. Un mariage avec le frère de son amant qui ne l’aime pas et lui apportera solitude, tristesse, maladie et ruine avant un retour au Danemark.

 

 


Avant cela, elle rencontrera et s’éprendra du chasseur aussi irrésistible que libre Denys Finch Hatton. Par liberté, il refusera de partager son quotidien, de ménager sa jalousie. C’est pour un bouton qu’il aura voulu garder la liberté de recoudre ou de ne pas recoudre lui-même et pour un safari avec une adolescente qu’il la quittera. Il mourra libre et seul. Karen Blixen conclut « il ne fut pas à nous, il ne fut pas à moi ».

 

 

 

Jeremiah Johnson dans un autre film de Sidney Pollack, inspiré par une biographie de Dennis McLelland (Mountain Man), fuit la violence de la guerre et la civilisation vers 1850 pour vivre en trappeur solitaire dans les Montagnes Rocheuses. Il ne laisse personne derrière lui.
Il est mal préparé à cette vie rude dans un monde sauvage et passe par des moments difficiles avant de rencontrer un enfant, Caleb, dont la famille a été massacré par des indiens. Il va prendre cet enfant en charge. Plus ou moins malgré lui, par un jeu de coutumes et de guerres indiennes, il va aussi se retrouver marié à Swan, la fille d’un chef indien. C’est ainsi qu’après avoir longtemps erré, libre, à la recherche d’une vie sans les contraintes humaines de la société de l’époque que Jeremiah trouve enfin un endroit idéal pour construire une habitation et fonder une famille heureuse avec Swan et Caleb.


On observe ici le parcours inverse de Christopher McCandless. Jeremiah et Chris quittent tous deux le monde dans un rejet de la société mais là où Chris quitte famille et amis pour la liberté solitaire, Jeremiah ne laisse personne derrière lui et trouve le bonheur dans une vie libre mais à trois.

 

On les jalouse, on les admire, on voudrait les connaître, être dans leurs peaux, mais on garde les pieds sur terre et nos responsabilités en ligne de mire, alors on les lit et on les regarde ou écoute...

La liberté de nos héros a un prix, la vie pour certains, quelques morceaux de leur corps pour d’autres, la solitude pour la plupart. Peu nombreux sont ceux qui la trouveront accompagnée comme Jeremiah Johnson.
Ils connaîtront souvent un point de non-retour. On ne peut pas espérer retrouver ce qu’on a laissé au nom de la Liberté pour aller chercher des allumettes dans « une rue du Massachusetts » pendant dix-huit ans, même lorsque l'on est italien, qu'on revient 'las", d'un "fatigant voyage pour un enfant de [cet] âge", on ne peut demander à ce que la porte soit ouverte "sans rancune".

Serge Reggiani nous le montre pour vivre libre, contrairement à ce que nous explique Bjorn Larsson, il faut sacrifier ses amis, « aimer même la solitude ». La Liberté fait souffrir :

"Ma liberté, devant tes volontés ma vie était soumise
Ma liberté je t'avait tout prêté ma dernière chemise
Et combien j'ai souffert pour pouvoir satisfaire toutes tes exigences
J'ai changé de pays,j'ai perdu mes amis pour gagner ta confiance.
Ma liberté,tu as su désarmer mes moindres habitudes,
Ma liberté,toi qui m'as fait aimer même la solitude. »

Entre Amour et Liberté, il faut choisir :

« Ma liberté,pourtant je t'ai quittée une nuit de décembre,
J'ai déserté les chemins écartés que nous suivions ensemble.
Lorsque sans me méfier les pieds et poings liés je me suis laissé faire,
Et je t'ai trahie pour une prison d'amour et sa belle geôlière. »

 

ELLE (romantique qui s'assume)

Cet article est une réponse à celui de IL : Les Chemins de la Liberté

 

 

Il y aurait encore plein de choses à dire. C'est vrai que ces exemples parlent de liberté égoïste, mais alors n'est-ce pas une égoïsme masculin qui trouve son épanouissement dans une forme de liberté ?

Chris tourne le dos à une vie pour en embrasser une autre, mais rien ne dit qu'un jour si la nature lui avait laissé le temps, il n'aurait pas pris le chemin du retour pour embrasser ses parents. Selon les souvenirs de sa sœur et son propre journal, sa famille était aussi peut-être la graine de son envie de rupture. Dans ce sens, partir n'était pas seulement un choix personnel mais une forme d'instinct de survie. Cela dit la recherche de la liberté n'est pas non plus une fin en soit. 

De manière générale, je pense que rechercher sa liberté est un moment, un fondement, une manière d'aborder l'avenir et les autres. Ne vivre que pour sa liberté ampute l'existence de tant de belles choses. Mais je considère la liberté comme nécessaire. Ensuite, on peut vivre en choisissant. Jeremiah a fait ce choix, et je trouve que cela correspond plus à ma manière de considérer la liberté. 

Parallèlement, la mer est une maitresse jalouse. Les marins vivent une relation qui peut parfois être exclusive. Est-ce une forme de liberté ? Pour ma part, je trouve le vent beaucoup plus porteur de liberté, Jonathan le goéland est aussi à la recherche d'un absolu qui dépasse ses chaines pour se sentir plus libre. 

Alors, rechercher la liberté serait en forme d'égoïsme ? Oui, c'est même nécessaire, tout comme la solitude la nourrit. Puis une fois qu'on la touche du doigt, les autres facettes brillantes de l'existence deviennent à leur tour attirantes. Sans cette liberté en préambule, quid des relations et des choix que nous faisons ? Etre libre ce n'est pas tout balancer, être libre c'est comprendre, accepter, choisir, donner, partager, aimer... Etre libre c'est faire de sa vie une sorte d'œuvre d'art qui n'a pas besoin de sens pour exister, mais qui a besoin du regard de l'autre pour prendre toute sa mesure. Etre libre c'est se construire dans la solitude et être humain au milieu des autres. 

 

IL

Libres et égoïstes ?

 

Je ne vais même pas répondre ! :-p

ELLE

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