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Le blog des rainettes

Le blog des rainettes

De tout et de rien mais surtout de tout : de l'actualité aux voyages, en passant par la culture, littérature, cinéma, l'Art et jusqu'à la cuisine ou la politique, parfois le tout en même temps à 4 mains, à loisir et à l'envie ! Pourquoi ? Parce qu’un et un font un, parce qu’ils existent, parce que c’est suffisant et insuffisant à la fois, parce qu’ils sont toujours d’accord, parce qu’ils ne sont jamais d’accord, parce qu’il est persuadé d’avoir raison, parce qu’elle sait qu’elle a toujours raison, parce qu’il y aura toujours des questions insolubles, parce qu’il y a trop de personnes porteuses de vérités prêtes à l’emploi, parce qu’il y en d’autres envahies de doutes, parce que la liberté de s’exprimer, de se laisser porter est un privilège dont on n’a pas toujours conscience, parce qu’il faut l’explorer comme on explorerait un nouveau continent . Parce qu’ils ne se prennent pas au sérieux, parce qu’ils se prennent trop au sérieux, parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’internet, parce qu’ils aiment réagir, interagir, parce qu’un poste de télé ou un bon bouquin ça n’a pas beaucoup de répartie, parce qu’ils aiment des choses, sont dégoûtés, énervés, par d’autres, parce qu’ils contemplent. Parce qu’IL s’imagine en ermite reculé d’un monde fou au bord d’un étang, parce qu’ELLE veut voir le monde, parce qu’ils ont vu, parce qu’ils ont à voir, parce qu’IL repense la vie, l’univers et le reste dans un trempage hebdomadaire, parce qu’ELLE invente des vies, des univers et des restes dans des nuits blanches quotidiennes, parce qu’ELLE s’ennuie, parce qu’ils sont bavards, parce qu’ils sont timides, parce qu’ils sont différents, parce que les autres sont les autres, parce qu’ils sont de grands gamins et parce qu’ils en ont envie : le blog des reinettes, bavardages avec les grenouilles sur un bord d’étang reculé ou sur un coin de toile pseudo-sociale ! IL et ELLE

Alors tu veux ou tu veux pas ?

ALORS TU VEUX OU TU VEUX PAS ?
ET QU'EST-CE QUE TU VEUX ?

 

Si choisir, c'est renoncer, est-ce que choisir, c'est vouloir ? Quand je dis oui, est-ce que c'est parce que je veux ou parce que j'accepte ? Et quand j'accepte, est-ce le fruit de mon désir ou du devoir de survivre ? Consentir : c'est dire oui, mais se taire aussi, non ? Ou ne pas avoir dit non. C'est ça ? « Qui ne dit mot consent. » Quand je consens, parfois on me dit que je n'étais pas très éclairée. Où est la lumière ? En fait, je fais des choses de mon plein gré, mais c'est à mon insu (de mon plein gré). Vous me suivez ?

 

 

POLITIQUE : LA FABRIQUE DU CONSENTEMENT

Le débat public fait régulièrement appel au consentement individuel, mais avec des petits arrangements. Si le respect de la volonté d’autrui semble une évidence, il peut aussi être mis à mal. Alors ce consentement est-il suspect ?

Faut-il autoriser un médecin à donner la mort si son patient le demande ?

Légaliser la prostitution dès lors qu'elle est choisie ?
Instaurer le travail dominical pour les salariés volontaires ? Face à des pratiques controversées, le consentement individuel est un argument de plus en plus mobilisé dans le débat public. Être consentant ou ne pas l'être... That is the question.

Et ce n'est pas nouveau. L'air de rien, cette notion guide depuis longtemps la réflexion d'associations et de groupes politiques sur de nombreux sujets qui agitent la société: l'euthanasie, le travail du sexe, le port du voile ou la légalisation du cannabis. En 2015 (et plus que jamais d’actualité, le consentement a fait une percée en politique avec la loi Macron, qui autorise désormais les employés « volontaires » à travailler le dimanche. Et après tout, pourquoi donc s'acharner à interdire ce que les personnes concernées acceptent en leur âme et conscience ?

Cet argument qui monte en politique était déjà central dans le domaine juridique. Dans les deux cas, le raisonnement est le même: au nom de quoi sanctionner une situation qui est consentie? Dès lors que c'est un choix, il n'y aurait rien à redire. Simple question de bon sens, en somme... Sauf que, derrière cette apparente évidence, les problèmes commencent. À force de marteler que l'horizon est bouché et les alternatives impossibles, certains consentent faute de mieux. Pour pouvoir offrir des vacances à leurs enfants ou rembourser leurs crédits, ils sont prêts à sacrifier leurs week-ends, voire leurs congés annuels. Donc au fond, ils n'ont pas vraiment le choix. Tout dépend de leur histoire personnelle. Des esclaves ont autrefois déclaré qu'ils voulaient le rester et pourtant, aujourd'hui, plus personne ne serait pour l'esclavage. En appeler au respect de la volonté des individus est très retors. Ce positionnement arrange beaucoup de monde, c'est une manière de nier les rapports de domination. Combien de prostituées font-elles partie de la bourgeoisie? C'est la pauvreté, ou le déclassement lors du passage d'un pays à l'autre, qui conduit la plupart de ces femmes à se prostituer. À l'évidence, le consentement ne tombe pas du ciel. Défendre la prostitution sur la base du consentement signifie ignorer plus ou moins volontairement la domination masculine exercée sur les femmes.

Alors ? Suspect le consentement ? Evidemment, mais peut-on vraiment s’en passer ? Qui peut décider à la place des autres ce qui est bien ou mal pour eux ? Ainsi, les pouvoirs publics décident parfois de sanctionner, contre l'avis des intéressés, des pratiques jugées dégradantes et humiliantes : le lancer de nains, par exemple. Quand cette attraction a été interdite par un arrêt du Conseil d'État en 1995, ça n'a pas fait que des heureux et certains se sont plaints de s’être vus retirer leur métier sans compensation. Et pourtant c’est l’atteinte à la dignité qui l’a emporté.

Vouloir faire le bonheur de quelqu'un malgré lui ne va pas de soi, si bien que certains préconisent de prendre davantage en compte la volonté des individus. Élisabeth Badinter, par exemple, s'est opposée à la pénalisation des clients de prostituées, car elle déplore qu'on interdise aux femmes de faire ce qu'elles veulent avec leur corps. Pour protéger des femmes vulnérables, on entend aujourd'hui parler à leur place. La loi sur la pénalisation des clients est fondée sur la négation d'un consentement à la prostitution.


De même, certains estiment qu'une personne en fin de vie n'est pas en capacité de décider si elle veut mourir. On assiste aujourd'hui au retour d'une forme de paternalisme protecteur et régressif. La capacité des gens à se donner leurs propres principes d'existence est niée dans les débats publics. Pour disqualifier ou réprimer les pratiques ou les comportements de certaines populations, on prétend que leur consentement est vicié. Surtout quand il vient de malades, de toxicomanes, de femmes... Et c'est peut-être là que le bât blesse. Pourquoi ces personnes seraient-elles moins capables d’un choix éclairé que les autres ? Mettre en doute l’autonomie de la volonté est une rhétorique à géométrie variable : tout le monde n'est pas suspecté d'un faux consentement, loin de là. Le sadomasochisme n'est pas criminalisé, car on suppose que les personnes qui s’y adonnent sont en mesure de consentir : me faire fouetter si je suis consentante, ce n’est pas une violence. Pourquoi ne peut-on pas en dire autant d’autres pratiques comme la prostitution ? Le discours actuel a tendance à minorer l’autonomie des gens ou groupes de personnes jugés les plus fragiles. En pensant qu’ils ne sont pas capables de consentir, on les ramène au statut de mineurs. L’histoire a montré les limites d’un tel raisonnement : si on a longtemps refusé le droit de vote aux femmes, c’est parce qu’on les pensait incapable d’un jugement, d’un avis, d’un consentement éclairé. Sous la coupe de leur père ou de leur mari, héritage du Code Napoléon, elles étaient considérées comme mineures à vie.


Alors, la liberté individuelle est-elle une utopie moderne ? Au sein des associations, dans l'enceinte de l'hémicycle, sur les plateaux télé, on hésite sur le poids à donner au consentement. Entre s'en méfier comme de la peste ou le défendre malgré tout, le cœur balance. La frontière entre revendiquer et se résigner est difficile à délimiter. Il y a un souci de sémantique : consentir c’est choisir et adhérer mais aussi accepter et supporter…
Pour pouvoir dire « oui » sans arrière-pensée ou sans s’en sentir obligé, il faudrait vivre dans une société idéale, sans rapports de domination, où chacun serait égal aux autres.

 

 

JUSTICE : QUI A LE DROIT ?

Pour le droit, le consentement est une volonté personnelle des parties qui aboutit à une volonté déclarée. Il n’y a pas de contrat sans consentement. Mais qu’en est-il quand celui-ci est vicié ?

 

 

Le consentement est une notion de droit (de droit civil en particulier). Nous devons être renseignés, car nos gestes de tous les jours sont des consentements. Oui, notre vie n'est qu'une suite de contrats. Or, il n'y a pas de contrat sans consentement.

Nous sommes d'accord qu'un contrat repose sur un accord de volonté : Oui ? Oui ! Nous venons d'échanger nos consentements. Attention, ce n'est pas si simple. Avons-nous vérifié que nos acquiescements étaient « sains et intègres »?

Nous pourrions avoir dit « oui » le couteau sous la gorge. Nous pourrions avoir dit « oui » pour une chose à laquelle nous ne croyions pas et simplement parce qu'elle aura été emballée de telle manière que nous ne pouvions dire « non » ou parce qu'elle nous aura été présentée par une personne savante (l'exemple du particulier qui, face au professionnel, se laisse abuser)...

Mais commençons par le début, le consentement est d'abord la volonté personnelle des parties, ce que chacune désire en son for intérieur (cette notion-là est plus psychologique que juridique). Et ensuite, seulement, « la volonté déclarée ». Par exemple et grosso modo, en notre for intérieur, nous désirons acheter une baguette pas trop cuite à notre boulangère. Cette dernière nous demande : « Que désirez-vous ? » Nous lui répondons: « Une baguette pas trop cuite », notre volonté déclarée est en adéquation avec notre volonté intérieure. Alors, la boulangère nous tend la baguette la moins cuite de son panier: « Cela fera 1 euro. » En lui donnant la pièce, nous nous entendons sur la chose et sur le prix. Le contrat est parfaitement conclu, deux volontés, puis deux consentements se sont rencontrés. Nous pouvons enfin conclure en disant « merci ». Bien sûr, en droit et en pratique, seule la volonté déclarée est retenue. Il n'y aurait plus aucune sécurité juridique si chacun revenait sur ses engagements en disant: « En mon for intérieur, c'était une baguette bien cuite que je voulais, le contrat est annulé. » À moins, vraiment, que la divergence totale entre la volonté interne et la volonté déclarée soit prouvée (mais comment prouver ce que l'on a dans la tête ?)

Se pose aussi la question de « l'incapacité ». Un contrat n'est valable que si chaque partie est capable d'exprimer son consentement. Or, certaines personnes ne sont pas en mesure de comprendre les conséquences de leurs actes, elles sont dites, par la loi, « incapables ». Il s'agit de celles qui sont placées sous « tutelle » ou « curatelle » ou d'autres qui, bien que non déclarées juridiquement incapables, n'ont pas les facultés mentales pour comprendre le sens de leurs engagements.

L'expression du consentement la plus répandue, la plus connue est la signature : celle que l'on appose au bas des contrats, après avoir laissé un paraphe sur chacune des pages précédentes. Il y a aussi maintenant cette encoche qu'un clic de souris fait apparaitre dans la case : « J'accepte les conditions de vente » sur nos écrans d'ordinateur (des conditions de vente qu'évidemment nous ne lisons jamais). Mais il en existe d'autres, tellement ancrées dans notre quotidien qu'on en oublie qu’elles nous lient : la pièce que l'on tend, la carte bleue que l'on insère dans le terminal... Il y a aussi celles dont on sait qu'elles persistent, surannées : dans les ventes aux enchères, le coup de marteau. Et la plus belle, celle qu'on ne devrait jamais oublier : la poignée de main qui, héritée du droit romain, a traversé tous les âges et scelle encore aujourd'hui des ententes et des contrats.

Quand les parties au contrat sont capables, le contrat ne peut être annulé que s'il y a vice du consentement. Ces vices sont au nombre de trois : l'erreur, la violence et le dol.

Il y a erreur lorsque l'une des parties s'est trompée sur l'un des éléments essentiels du contrat :
- Sur la qualité substantielle de la chose échangée. Laissons tomber notre boulangère et notre baguette pas trop cuite et passons à des choses plus sérieuses : nous pensions acheter un Picasso, et nous avons acquis un faux réalisé par un brillant élève des Beaux-Arts.
- Sur la nature même du contrat. Nous pensions acheter un Picasso, en réalité, l'autre partie nous le louait le temps d'une exposition.
- Sur les qualités du cocontractant. Nous pensions conclure la vente de la toile de Picasso avec son propriétaire. Or, la personne avec qui nous avons signé le contrat n'avait aucun droit sur le tableau.

L'erreur est « inexcusable », c'est-à-dire facile à éviter ou consécutive à un manque de vigilance, les tribunaux ne prononcent jamais l'annulation du contrat. Voici le genre d'« erreur inexcusable »: nous pensions engager Picasso pour repeindre les murs de notre maison mais il s'est avéré que ce n'était pas lui.

 

Il y a violence lorsque le consentement a été donné sous la contrainte. Elle peut être physique : le couteau sous la gorge évoqué erreur ou plus haut, la simple pression sur la main qui force la signature, ou morale. Il existe également une violence économique lorsqu’une personne abuse de la situation de précarité financière de son partenaire pour le pousser à signer (c'est le cas d'un employeur versant une très faible rémunération à ses salariés qui ne peuvent faire autrement que d'accepter... ils ont leurs factures à payer en fin de mois).

 

Il y a dol lorsque l'une des parties manœuvre frauduleusement avec l'intention de tromper l'autre. Cela va du mensonge (dire à son cocontractant que le bien vendu répond à toutes les normes alors que c'est faux) à la falsification (trafiquer le compteur kilométrique d'un véhicule à moteur pour le vendre mieux...). Le silence fait partie du dol : taire une information importante sur la chose échangée constitue une manœuvre frauduleuse.

 

 

USA : LA SEDUCTION REGLEMENTEE PAR CONSENTEMENT AFFIRME

Face aux agressions sexuelles sur les campus américains, une loi surnommée « Yes means yes » se répand d’état en état depuis trois ans. Son objectif : faire affirmer haut et fort qu’on veut avoir un rapport sexuel. Oui, oui, oui… Difficile d’imaginer que le charme de la séduction survive à cela dans une Amérique de plus en plus puritaine.

Une loi qui oblige les partenaires à donner leur accord, affirmatif, explicite et oral, à chaque étape du processus de la relation sexuelle, et ce, qu'il s'agisse d'une première rencontre ou que vous soyez en couple depuis quelque temps. Une loi absurde qui se substitue au « no means no », qui prévalait jusque-là, et qui oblige désormais les deux partenaires à verbaliser et à montrer leur enthousiasme avant de passer à l'acte. C'est que les universités américaines prennent très au sérieux les affaires de viols et d'agressions sexuelles.

Comment prouver qu'il y a bien eu ce consentement ? C'est improuvable, c'est bien l'une des limites de cette loi. C'est parole contre parole. De plus en plus de femmes saisissent les autorités des campus pour dire qu'elles ont été violées. Leur argument ? Je n'ai pas dit oui ,je n'ai pas donné mon consentement. Alors que, dans beaucoup de cas, il s'agit de femmes qui regrettent un acte sexuel le lendemain pour des milliers de raisons, qui n'assument pas la relation qu'elles ont eue et se rétractent en affirmant que c'est un viol. A l’inverse du système français où la présomption d’innocence rend le parcours des victimes voulant déposer plainte très dur, dans le système universitaire américain, malheureusement, le garçon est coupable jusqu'à preuve du contraire. C'est automatique de penser que les filles ne mentent pas, qu'elles n'ont aucun intérêt à inventer ça, qu'elles ont dû se taire et que si, finalement, elles ont le courage d'en parler, il faut les encourager et ne surtout pas questionner leurs propos. C'est évidemment vrai dans de nombreux cas, ce qui est tragique, mais dans d'autres, ça ne l'est pas, et cela s'est déjà avéré catastrophique dans beaucoup d'endroits.

Justement parce que quasiment toutes les féministes et universitaires soutiennent cette loi et les gens ont peur de se faire taxer d'apologistes du viol. D'autant plus si celui qui s'exprime est un homme. C'est impossible pour lui de la critiquer. On est dans une Amérique de plus en plus puritaine, ce qui est ironique parce que c'est à l'opposé de l'image que les Américains se donnent. Ils veulent être le pays qui combat le sexisme, le fondamentalisme, tous les « -ismes » et, en même temps, ils réinstallent un monde où les sexes ont peur les uns des autres, où on les sépare comme c'est le cas dans les sociétés les plus arriérées. C'est inquiétant, car pour l'instant, le «yes means yes » ne prévaut que pour les campus, mais j'ai bien peur que ça se propage à l'ensemble de la société.

 

Donner oralement son consentement à chaque étape de La relation sexuelle est un tue-l'amour. C'est la fin du romantisme, de l'exploration émotionnelle et érotique. Ce qui m'attriste le plus avec cette loi, c'est que ça devient une mécanisation de l'amour. On enlève toute la spontanéité, toute la magie du sentiment amoureux. Tout ne passe pas par des mots. On dit parfois mieux les choses sans paroles. Quand on les annonce d'abord, ça gâche tout.

 

Rappelons la définition légale du viol en France : « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise » et donc sans consentement.

 

 

CONSENTEMENT : NOM MASCULIN S’ACCORDANT SURTOUT AU FEMININ

Une enquête menée par l’INJEP (l'Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire) montre combien les stéréotypes de genre restent finalement très ancrés dans les comportements des adolescents. Le consentement constitue, pour les professionnels de l'éducation à la sexualité en milieu scolaire, une clé de voûte afin de permettre aux adolescents de construire leur rapport à l'autre et à soi.


Les séances de prévention ne peuvent pas se passer d’aborder la négociation du rapport, fondement de la relation pour vivre de la relation et une sexualité assumée et épanouie. Aujourd'hui, c’est la pierre angulaire des animations de prévention dans les lycées, construites autour du respect du partenaire. Accorder de l'attention à l'autre, c'est aussi faire attention à soi, donc se protéger mutuellement.
 

 

Mais comment aborder cette notion de consentement sans brandir froidement ce mot que beaucoup de jeunes associent uniquement au viol, occultant le débat sur cette fameuse zone grise où le oui et le non n'étant pas explicites, on laisse le champ libre à toutes les interprétations ?

Pour répondre à ce dilemme, il existe la règle des 3C :

Le premier C : « connaître (identifier) ses propres limites et désirs » invite les jeunes à exprimer leur individualité au travers de leurs fantasmes et leur marge de liberté. Jusqu'où êtes-vous prêts à aller pour l'autre ? Qu'attendez-vous de la relation ? Parents, société, groupe d'amis, qui pose les limites et quand les repousse-t-on ? Une fois limites et désirs exprimés, la nécessité de les partager avec son partenaire s'impose alors comme une évidence. On mutualise l'intime en face à face et non plus sur les réseaux sociaux ou par texto. On va s'exposer pour éviter de « sexposer ».

Le deuxième C initie l'échange et la relation, c'est « communiquer», verbalement, mais aussi sans mots, au travers de nos attitudes. Comment savoir si on s'est bien compris ? Comment décrypter les signes envoyés par l'autre ? Comment l'inviter à s'exprimer malgré la timidité liée à l'intimité ou la peur de décevoir ? Symbole de la communication non verbale, un des slogans forts des marches dénonçant le « Slutshaming » est « mes vêtements ne sont pas un consentement! » Les jugements qui accompagnent la tenue, cette communication du paraître, omniprésente dans la télé-réalité et les clips ouvrent les tiroirs stéréotypés dans lesquels la société aime à nous ranger : la pute, le queutard, la fille qui se respecte, le bogoss, le forceur...
Dans le jeu amoureux, l'identification du consentement de l'autre doit se faire « naturellement ». Certains évoquent une sorte d'alchimie qui fait que l'on comprend ce que l'autre veut. La force d'un couple se verrait ainsi à travers la capacité à décoder les signes du consentement. Difficile de décrypter tous ces signes qui se télescopent. Si on est d'accord pour les seins et les fesses, c'est qu'on l'est forcément pour le reste. Ou alors, on est une belle allumeuse mytho !

Le troisième C : « S'assurer du consentement. » Il est essentiel de signifier que celui-ci peut être remis en cause à chaque seconde. Ce n'est pas parce qu'on s'est laissé embrasser, caresser qu'on va aller au bout. Beaucoup ont du mal à accepter une volte-face au moment du passage à l'acte. De la pulsion sexuelle au sentiment amoureux, on travaille à identifier quand l'autre est tour à tour objet de désir, corps qui nous aimante ou personnalité qui nous charme. Les émotions qui nous traversent, nous débordent parfois, ne sont jamais figées. Et puis entre le moment où on s'est embrassé et celui où on se retrouve nu, en situation de passer à l'acte, est-on dans le même état d'esprit ? Est-on toujours raccord avec ce début de consentement donné ?

 

 

MEDECINE : LE CONSENTEMENT ECLAIRE DU PATIENT

 

On se souvient de cette affaire vieille de quelques années où des documents ont montré que des étudiants en médecins s’entraînaient au toucher vaginal sur des patientes endormies au bloc opératoire. Pratiquer un acte médical sur un patient qui n’a pas donné son consentement est illégal. La loi Kouchner stipule qu'« aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne, et ce consentement peut être retiré à tout moment ». Et comme il ne s'agit pas d'un toucher du conduit auditif ou d'un cor au pied, la chose passe d'autant plus mal…

 

Le Code de la santé publique est pourtant clair: sauf urgence, on ne touche pas les gens sans leur demander, et le but pédagogique du geste n'y change évidemment rien. Le patient en CHU n’est pas implicitement disponible à la formation des étudiants.
Apprendre un geste sans apprendre à demander le consentement du patient est une hérésie. Quant à savoir ce que ressent le patient, quand on se destine à devenir médecin ou quand on l’est n’est pas inutile…

 

Je me suis plusieurs fois heurtée dans différents services d’urgences à un non respect de mon non-consentement. On m’a de nombreuses fois posé une perfusion alors que je refusais clairement cet acte. Des ECG ont été pratiqués contre mon accord.
Quand j’ai pris conscience de mon droit au refus de soins, que je citais la loi Kouchner, les médecins tentaient d’obtenir mon « consentement éclairé » par le chantage (« vous pourrez faire pipi quand on aura fait l’ECG alors que je suppliais depuis plus d’une heure »), la peur (« si vous sortez contre avis médical, vous risquez de mourir dans la rue ou chez vous ») ou la culpabilisation (« parce que vous refusez d’être raisonnable, pendant que nous discutons avec vous, des enfants sont peut-être en danger de mort »).
Quand mon refus de consentement a été respecté, j’ai été « libérée » en devant me débrouiller seule pour récupérer mes vêtements, j’ai quitté les urgences sans avoir pu me nettoyer, la figure couverte de sang, les habits trempés… refuser certains soins, ne pas exprimer son consentement à certains actes médicaux n’équivaut pas à refuser toute assistance.
Si on ne consent pas à la machine médicale telle qu’elle a été programmée, on s’en retrouve éjecté totalement.

 

A L’ECOLE DU « NON » FEMININ : LES CLUBS ECHANGISTES

Il existe une école des femmes : c'est le milieu échangiste, où nous (les femmes) sommes obligées très rapidement de dire « non ». « Non » aux mains baladeuses, « non, j'embrasse pas », « non, je n'aime pas qu'on me malaxe la poitrine »... Dans ces soirées, paradoxalement, nous sommes censées nous offrir tous les partenaires que nous désirons. Renversant l'ordre habituel du monde, c’est nous qui choisissons, qui décidons des pratiques, qui imposons nos envies. C'est en tout cas ainsi que la règle est posée, notamment dans les clubs qui laissent les femmes entrer gratuitement et font payer aux hommes seuls un droit d'entrée prohibitif, posant d'office le rapport d'inégalité comme la norme.

Dans les sex-clubs, une femme vaut plus qu'un homme et se retrouve en position dominante. Il lui revient de prendre les devants. C'est là que commencent les ennuis.
Comment faire quand on a été éduquée à « être gentille » ? Comment prendre ces initiatives qui, dans la vie normale, font l'objet d'une si forte réprobation ? Une « femme bien » ne dit pas en toutes lettres « lèche-moi » ni « mets-moi un doigt plus bas ». Une femme bien ne se tape pas trois inconnus le même soir. Dans les « réceptions » échangistes, brutalement confrontées à l'étonnant renversement des rôles, nous n’osons d'abord pas énoncer en toutes lettres nos désirs. Nous nous conduisons comme on nous l’a appris: on se contente de sourire si un homme nous plaît afin de l'encourager à « faire le premier pas ». S'il s'exécute, étant donné que le cadre est généralement celui d'une soirée conviviale et chaude, où les maîtres mots sont sensualité et plaisir, on se sent prise au piège. Comment dire « non » quand l'homme en toute bonne foi sensuelle se met à nous laper le visage et à nous pincer la pointe des seins ? Après tout, ne sommes-nous pas venue pour cela ?

La situation est critique. On aurait bien envie que l'homme nous épargne le protocole répugnant de ce baiser plein de salive. Et qu'il cesse, surtout, de nous triturer les tétons ! Le pauvre croit probablement nous faire plaisir. On ne veut pas paraître niaise ou pire castratrice. On attend le sauvetage de notre officiel pour qu'il indique au monsieur : « Ma copine n'aime pas ce que vous lui faites. » Mais non, cet empoté nous regarde d'un air accusateur. Il semble furieux. Prise de panique, on balbutie des excuses et se lève, laissant l'inconnu langue pendante... toute désolée de n'avoir pas su gérer ces désirs si étrangers aux nôtres. Encore plus désolée de voir que notre compagnon nous en veut : « Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? » Le compagnon répond, cinglant : « Comment as-tu pu laisser ce gros porc te tripoter comme ça ? »

À ce moment-clé du dialogue, certainement, notre cerveau opère cette sorte de flashback qui nous fait nous remémorer la définition du mot échangisme : « Pratique visant à changer de partenaire sexuel avec l'accord de son partenaire officiel. » On oscille, saisie de stupeur, entre deux conclusions : notre compagnon n'était pas d'accord, ou bien… On en avait pourtant discuté avant ? On est presque en colère. Sa réponse nous laisse abasourdie: « Si je me mets à écarter les mecs qui abusent de toi, alors que, avec un sourire de mijaurée, tu leur accordes tous les droits, je passe pour un crétin possessif. Tu veux que je joue les gardes du corps ? Tu n'es pas assez grande ? » On tombe des nues. On pensait que notre compagnon veillerait sur nous. Mais, après tout, il a raison: « Si quelqu'un me mettait la main aux fesses dans une boîte de nuit et s’il se mettait à hurler "Touche pas ma copine. Elle est à moi!", je serais certainement très gênée... »

Il en est donc des soirées de cul comme d'un apprentissage douloureux à l'autonomie. Les deux ou trois premières fois, par peur de blesser les hommes qui tentent maladroitement de trouver les bons gestes, on serre les dents et on les laisse faire. Puis on comprend que c'est à nous de leur donner les clés. « La télépathie n'existe pas ». On prend son courage à deux mains avant d'indiquer en rougissant qu'on aime bien quand on lui caresse l'anus. Quelques soirées plus tard, on a gagné en assurance et on sait ce que l’on veut.

L'assurance acquise dans cette "deuxième vie" n'est en général pas sans influence sur les comportements à l'extérieur : les femmes ayant développé leur capital de séduction ainsi valorisé ont appris à poser les limites. À nommer leurs envies. A consentir activement et à refuser sans ambigüité. On sait maintenant répondre aux questions soulevées en introduction (si loin soit-elle...)

 

ELLE

ELLE soulève des questions de fond et il est difficile de trouver des réponses univoques. Nous touchons à la liberté, à la loi décidée pour plus grand nombre avec des cas particuliers toujours désastreux, et des choix qui se veulent toujours faits en notre âme et conscience. 

Oui, nous devrions pouvoir décider pour nos propres vies et toute forme d'aliénation de cette liberté fondamentale, celle des frontons de nos mairies, devrait être proscrite. C'est aussi dans ce sens que nous votons et que nous exprimons nos choix sociaux, en boutant tant qu'on le peut les anti-démocrates de nos vies. 

Cela se retrouve aussi dans nos vies privées, dans la possibilité que nous devrions tous avoir, de pouvoir choisir notre sexualité et notre ou nos partenaires. Je ne connais pas l'échangisme, mais je comprends ce qu'ELLE dit. (euh... on va dire que tu connais d'autres pratiques...) Les habitudes sociales qui font de l'homme le décideur testostéroné de ces jeux de l'amour, et rendent les choix féminins souvent anecdotiques. 

Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour une réelles égalité (tiens, encore inscrite sur nos frontons) des sexes, préalable à toute égalité sociale. 

IL

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