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Le blog des rainettes

Le blog des rainettes

De tout et de rien mais surtout de tout : de l'actualité aux voyages, en passant par la culture, littérature, cinéma, l'Art et jusqu'à la cuisine ou la politique, parfois le tout en même temps à 4 mains, à loisir et à l'envie ! Pourquoi ? Parce qu’un et un font un, parce qu’ils existent, parce que c’est suffisant et insuffisant à la fois, parce qu’ils sont toujours d’accord, parce qu’ils ne sont jamais d’accord, parce qu’il est persuadé d’avoir raison, parce qu’elle sait qu’elle a toujours raison, parce qu’il y aura toujours des questions insolubles, parce qu’il y a trop de personnes porteuses de vérités prêtes à l’emploi, parce qu’il y en d’autres envahies de doutes, parce que la liberté de s’exprimer, de se laisser porter est un privilège dont on n’a pas toujours conscience, parce qu’il faut l’explorer comme on explorerait un nouveau continent . Parce qu’ils ne se prennent pas au sérieux, parce qu’ils se prennent trop au sérieux, parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’internet, parce qu’ils aiment réagir, interagir, parce qu’un poste de télé ou un bon bouquin ça n’a pas beaucoup de répartie, parce qu’ils aiment des choses, sont dégoûtés, énervés, par d’autres, parce qu’ils contemplent. Parce qu’IL s’imagine en ermite reculé d’un monde fou au bord d’un étang, parce qu’ELLE veut voir le monde, parce qu’ils ont vu, parce qu’ils ont à voir, parce qu’IL repense la vie, l’univers et le reste dans un trempage hebdomadaire, parce qu’ELLE invente des vies, des univers et des restes dans des nuits blanches quotidiennes, parce qu’ELLE s’ennuie, parce qu’ils sont bavards, parce qu’ils sont timides, parce qu’ils sont différents, parce que les autres sont les autres, parce qu’ils sont de grands gamins et parce qu’ils en ont envie : le blog des reinettes, bavardages avec les grenouilles sur un bord d’étang reculé ou sur un coin de toile pseudo-sociale ! IL et ELLE

Sur le pont

Le Pont des Arts, Auguste Renoir

Le Pont des Arts, Auguste Renoir

Je reviens sur le pont des Arts car je ne suis pas entièrement d’accord avec l’article d’IL, je pense que nous n’avons pas à la base, la même définition de l’Art.

 

Pour moi, l’Art est l’activité humaine (on peut éliminer les singes et chimpanzés provocateurs ou le canular de l'âne Aliboron) visant à exprimer les préoccupations, les croyances, les questions sous une forme telle qu'elle traduise les émotions et les sentiments que les hommes éprouvent en en étant récepteurs.

 

L’Art ne peut donc pas s’appuyer sur n’importe quel contenu. Il prend pour objet ce qui va émouvoir, ce qui va le renvoyer à des questions aussi bien universelles et éternelles qu’à des préoccupations intimes ou liées à un contexte précis, contextualisé dans le temps, l’espace, etc…

Ainsi, l’Art devient un média pour toucher ou comprendre une culture et même se comprendre soi-même.

Je suis loin de la définition « esthétique » au sens décoratif d’IL. Les Arts peuvent être Décoratifs mais ce n’est pas intrinsèque à toute forme d’Art et la réciproque est vraie, tout ce qui est décoratif n’est pas Art s’il n’y a pas émotion, s’il n’y a pas transport ou réflexion.

L’oeuvre d’art est un objet matériel donc sensible puisque c’est par nos sens que nous la percevons. Or ce qui procure du plaisir aux sens relève de l’agréable. Peut-on assimiler le beau et l’agréable ?

On qualifie d’agréable ce qui flatte nos sens en répondant à un désir ou à un besoin. Par exemple, il est agréable de boire de l’eau quand on a soif ou de s’affaler dans un fauteuil confortable lorsqu’on est fatigué.

 

 

 

Mais si le beau était comparable à l’agréable, comment pourrions-nous expliquer que dans une oeuvre d’art nous pouvons apprécier la représentation de scènes pénibles, angoissantes ou écoeurantes ? On peut parler du Cri de Munch, du Requiem de Mozart, du poème Une Charogne de Beaudelaire, etc... Ces oeuvres sont-elles belles ?

L’esthétique d’une œuvre n’est pas la même pour moi que celle définit par IL. Pour moi, la beauté d’une œuvre d’art repose sur la relation entre le contenu de l’œuvre ou l’intention de l’artiste et sa forme matérielle.

IL et moi nous achoppons aussi sur le sens d’une œuvre. Pour moi, il est essentiel qu’une œuvre soit porteuse de sens pour que je l’apprécie, pour lui, non. Il prend l’exemple de la musique classique ou d’une chanson étrangère dont on ne comprend pas les paroles. Même dans ces cas-là, il y a sens. Dans l’Art, il y a toujours sens.
Certes, l’œuvre doit rester mystérieuse mais elle doit l’être sans pour autant cesser de vouloir dire quelque chose. L’artiste guide notre imagination individuelle vers un sens qui nous est propre.

Kant parle de la beauté pure comme échappant aux concepts. Nous n’avons pas besoin de comprendre, de saisir le concept pour que notre sensibilité, notre imagination et notre pensée puissent être transportées ou émues. L’Art sans concept, sans message outrancier qui chercherait à être compris est tout de même porteur de sens dans la mesure où il est déclencheur du jeu de nos facultés perceptrices et intellectuelles qui font d’une œuvre d’art une véritable œuvre d’art.

Dans sa Critique de la faculté de Juger », Kant écrit : « Il convient encore de distinguer les belles choses des belles apparences des choses (qui souvent en raison de l’éloignement ne peuvent plus être nettement distinguées). En ce qui concerne ces dernières, le goût semble moins s’attacher à ce que l’imagination saisit en ce champ, qu’à ce qui lui procure alors l’occasion de se livrer à la poésie, c’est-à-dire aux visions proprement imaginaires, auxquelles s’occupe l’esprit, tandis qu’il est continuellement tenu en éveil, par la diversité qui frappe son regard. Il en est ainsi dans la vision des changeantes figures d’un feu en une cheminée, ou d’un ruisseau qui chante doucement, car ces choses qui ne sont point des beautés, comprennent néanmoins pour l’imagination un charme, puisqu’elles en soutiennent le libre jeu. »

On peut prendre ici pour exemple la peinture impressionniste à qui les critiques de l’époque avaient promis de grandes moqueries. A l’opposé de laVan Gogh, La Nuit Etoilée peinture académique qui était fondée sur le dessin et cherchait à se faire oublier comme peinture, l’impressionnisme privilégie la lumière, les couleurs, la fugacité ambiante de moments mouvants. Les contours, le dessin sont abandonnés au profit de petites touches de couleurs multiples qui cherchent à rendre la lumière et ses vibrations, la couleur et ses chatoiements et non pas ce que l’on sait être les couleurs réels de ce qui est peint. L’objet, les sujets historiques ou mythiques perdent leur valeur, ce sont les ambiances, les reflets d’instants où la vision se brouille sur un monde mystérieux qui sont privilégiés.


Monet, Le Parlement de Londres au soleil couchanPour avoir un esthétisme, ici, le contenu ne doit pas prendre le pas sur la forme. Devant une œuvre impressionniste notre pensée, par un jeu de stimuli sur nos sens, crée une esthétique que nous ne percevons qu’après le filtre d’une analyse de nos sens.

 

Ce qui nous amène à prendre des exemples plus contemporains. Marcel Duchamp tient à propos de ses readymades un discours très proche de celui de Kant : « La Roue de Bicyclette est mon premier readymade, à tel point que ça ne s'appelait même pas un readymade. Voir cette roue tourner était très apaisant, très réconfortant, c'était une ouverture sur autre chose que la vie quotidienne. J'aimais l'idée d'avoir une roue de bicyclette dans mon atelier. J'aimais la regarder comme j'aime regarder le mouvement d'un feu de cheminée. »

 

Mais avec Duchamp, ou d’autres, je ne le prends qu’en exemple parmi beaucoup d’autres, on touche aussi à nouvelle notion amenée par le marché de l’Art, celle de la valeur financière de l’Art. Quelle place pour la valeur émotionnelle d’une œuvre devant sa valeur mercantile ?

Duchamp a authentifié des urinoirs exposés dans des musées qui n’étaient que des répliques puisque l’œuvre originale a disparu. Ces répliques sont vendues plus d’un million et demi d’euros.
Pierre Pinoncelli condamné à plusieurs reprises pour avoir uriné et martelé des répliques déclare avoir eu l’impulsion « d'achever l'œuvre de Duchamp, en attente d'une réponse depuis plus de quatre-vingts ans ; un urinoir dans un musée doit forcément s'attendre à ce que quelqu'un urine dedans un jour, en réponse à la provocation inhérente à la présentation de ce genre d'objet trivial dans un musée [...]. L'appel à l'urine est en effet contenu ipso facto - et ce dans le concept même de l'œuvre - dans l'objet, vu son état d'urinoir. L'urine fait partie de l'œuvre et en est l'une des composantes [...]. Y uriner termine l'œuvre et lui donne sa pleine qualification. [...] On devrait pouvoir se servir d'un Rembrandt comme planche à repasser ».

De là, "un tableau de Rembrandt comme planche à repasser", ou une planche à repasser au prix d’un tableau de Rembrandt : on ouvre sur une nouvelle réalité du marché de l’art puisque la valeur financière des œuvres est totalement déconnectée de leur valeur esthétique, de leur capacité à mouvoir et à émouvoir.

 

 

 

 

 

 

C’est paradoxal à notre époque où l’esthétique, la beauté sont recherchées partout : mode, design, chirurgie, goûts divers et variés et où on nos muséesMerde d'artiste, Manzoni n’accueillent plus d’œuvres d’art récentes. Là où il y avait des œuvres (au sens d’objets matériels et visuels) ne subsiste que des expériences. Le créateur d’œuvres devient un producteur d’expériences, un ingénieur des effets et les objets perdent leurs caractéristiques artistiques établies. Ce qui compte est moins la matérialité de l’objet constituant le dispositif que la production de ces expériences. Les intentions, les attitudes et les concepts en deviennent les substituts. L’Art n’est plus substantiel : il est procédural. Nous sommes dans une relation où l’important n’est pas l’objet, n'est pas celui qui le produit, mais celui qui le regarde. C'est le regardeur qui fait l’Art et qui donne son sens à l’œuvre d’Art car l’œuvre aura toujours un sens.

ELLE

 

A lire aussi, l'article d'IL : Lézards en tête à queue.

 

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