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Le blog des rainettes

Le blog des rainettes

De tout et de rien mais surtout de tout : de l'actualité aux voyages, en passant par la culture, littérature, cinéma, l'Art et jusqu'à la cuisine ou la politique, parfois le tout en même temps à 4 mains, à loisir et à l'envie ! Pourquoi ? Parce qu’un et un font un, parce qu’ils existent, parce que c’est suffisant et insuffisant à la fois, parce qu’ils sont toujours d’accord, parce qu’ils ne sont jamais d’accord, parce qu’il est persuadé d’avoir raison, parce qu’elle sait qu’elle a toujours raison, parce qu’il y aura toujours des questions insolubles, parce qu’il y a trop de personnes porteuses de vérités prêtes à l’emploi, parce qu’il y en d’autres envahies de doutes, parce que la liberté de s’exprimer, de se laisser porter est un privilège dont on n’a pas toujours conscience, parce qu’il faut l’explorer comme on explorerait un nouveau continent . Parce qu’ils ne se prennent pas au sérieux, parce qu’ils se prennent trop au sérieux, parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’internet, parce qu’ils aiment réagir, interagir, parce qu’un poste de télé ou un bon bouquin ça n’a pas beaucoup de répartie, parce qu’ils aiment des choses, sont dégoûtés, énervés, par d’autres, parce qu’ils contemplent. Parce qu’IL s’imagine en ermite reculé d’un monde fou au bord d’un étang, parce qu’ELLE veut voir le monde, parce qu’ils ont vu, parce qu’ils ont à voir, parce qu’IL repense la vie, l’univers et le reste dans un trempage hebdomadaire, parce qu’ELLE invente des vies, des univers et des restes dans des nuits blanches quotidiennes, parce qu’ELLE s’ennuie, parce qu’ils sont bavards, parce qu’ils sont timides, parce qu’ils sont différents, parce que les autres sont les autres, parce qu’ils sont de grands gamins et parce qu’ils en ont envie : le blog des reinettes, bavardages avec les grenouilles sur un bord d’étang reculé ou sur un coin de toile pseudo-sociale ! IL et ELLE

Lézards en tête à queue

Lézards en tête à queue

Bien que non lecteur, même si ce bon Jack London me tend les bras, j'avoue être sensible aux arts de toutes natures, de toutes formes, de toutes esthétiques. Non pas que j'aime tout, mais je suis sensible aux expressions qui mettent en avant une création. Ces sensations se répondent et elles s'interpellent. Je lis l'histoire d'un hobo, je pense à Charlie Winston. Je plonge dans un univers inconnu et des symphonies explosent dans ma tête. Je regarde un film et sa musique m'habite. Je touche des yeux une sculpture et des tableaux apparaissent...

Lézards en tête à queue

Pourtant, bien qu'ayant l'esprit ouvert même à ce que mon éducation ne me prédestine pas, bien que pouvant apprécier des antagonismes, des questions surnagent.

Est-ce que mon cerveau, ma connaissance des choses influe sur ma perception ? Si je n'avais pas telle ou telle information sur une œuvre, me paraîtrait-elle moins belle ?

Le contexte, la raison ou les raisons, l'histoire, tout peut participer à une perception, mais la question concerne notre appréciation.

Prenons une sculpture. On la voit, on en contourne les formes, elle nous plaît, on nous dit qu'elle est antique, et cela évoque, on imagine le drapé mouvant, on imagine le sculpteur frénétique et son monde révolu, on perçoit d'autres dimensions autour de l'œuvre. On l'aime.

Puis, on nous change le cartel. Tout d'un coup, une autre information arrive : copie du XXème siècle. Que se passe-t-il ? On dénigre l'œuvre, on lui trouve plein de défauts, on prétend qu'on le savait, et on la délaisse.

 

Lézards en tête à queue
Lézards en tête à queue

Que s'est-il passé en cours de route ? L'esthétique a-t-elle changée ? Non. Simplement, on intègre une dimension culturelle, un sens, quelque chose qui amplifie notre perception ou la réduit selon sa nature. Je dois avouer que j'essaye de me départir de cette interférence mais c'est loin d'être aussi simple.

Pourtant, l'art est pour moi de part sa nature ex-nihilo, quelque chose qui dépasse le sens, pour toujours donc hors du temps, et qui me touche au plus profond de mon être. Pas simplement "joli", c'est quelque chose de profond qui est remué par une esthétique singulière. Cette esthétique est un mélange de beaucoup de dimensions différentes ce qui en fait une expérience personnelle et foncièrement subjective. 

 

Ainsi, il semble que se trouver devant un objet faux nous enlève toute envie de l'apprécier. J'ai rencontré cela de manière presque caricaturale auprès de marchands d'art qui adoraient un objet et du jour où une analyse scientifique montrait que l'objet était moderne, toute magie avait disparu, l'objet perdait sa stature d'objet d'art pour devenir un banal objet de décoration.

Le faux en art, le fac-similé moins répréhensible est une déviance de notre cerveau. Bien sur qu'il y a un marché, une valeur marchande qui oscille entre spéculation, rareté et ancienneté, qui fait que des objets authentiques (i.e. conformes  aux informations attendues d'époque, de culture, d'artiste...) ont plus de valeur que des objets falsifiés. Pour autant, ce qui est falsifié peut aussi être de très belle facture, peut répondre du point de vu purement esthétique aux mêmes réflexes d'attirance ou de répulsion. Mais si on commence à penser ainsi, il n'y a plus de valeur marchande qui tienne. Alors restons pudiques et fermons les yeux sur l'esthétique d'une œuvre d'art ayant baissé dans notre estime sous prétexte qu'elle ne provient pas du bon artiste ou de la bonne époque.  En passant, on pourra remarquer que plus la valeur marchande d'une œuvre ou d'un style est importante, plus le nombre de faux augmente. C'est le paradoxe de cette ségrégation à partir des critères intellectuels, elle génère justement ce sur quoi elle jette son opprobre.

 

En complément des faux, ce sens qui amplifie la perception trouve toute sa gloire dans certaines formes d'art contemporain. Pour les réalisations récentes, la création n'est pas, souvent, dans l'esthétique, mais dans le sens que l'on nous donne de l'œuvre. Ne s'agit-il pas d'une déviance purement marketing ? Si le sens remplace l'esthétique, est-ce encore de l'art ? La rhétorique n'est pas un art en soit, même si des tournures de phrases démonstratives peuvent-être agréables à écouter. Mettre en exergue un urinoir n'a de sens que parce que l'on sait ce qu'est un urinoir, parce que l'artiste énonce un sens particulier à son intention créatrice, mais non, ce n'est pas esthétique, ou du moins ça l'est autant que la succession des éléments de plomberie à Leroy-Merlin. Le génie de la création invoqué dans ce genre de réalisation a autant de sens que les effets chaotiques et imprévisibles d'une tornade dans le middle-west, ou que la mise en place d'un barrage dans le Mississipi pendant la Grande Dépression américaine.

Lézards en tête à queue

A mon sens, donc, l'art concerne des objets, des musiques, des œuvres plus généralement dont l'esthétique créative peut être perçue en tant que telle (à ne pas confondre avec "être considérée en tant que telle" qui pourrait porter à confusion). Si on enlève le sens caché ou déclaré, l'œuvre sort du temps et d'une certaine manière elle s'extraie des contingences humaines. Elle est.

Bien sur, il n'existe pas d'art universel dans le sens où aucune œuvre ne peut être aimée également par tout être humain, mais toute forme d'expression artistique peut trouver ses supporters et ses détracteurs. Ce qui compte c'est qu'elle existe pour et par elle même, sans censure. Nous pénètrons dans L'Ecole d'Athènes, La Nuit Etoilée sidère, La Porte de l'Enfer nous transporte au paradis, Les Fraises Sauvages se laissent déguster, la 7ème de Beethoven fait vibrer... même dans l'art contemporain, parfois l'esthétique peut se suffire à elle même...

 

Lézards en tête à queue
Lézards en tête à queue
Lézards en tête à queue
Lézards en tête à queue

Il y a également des arts infalsifiables dans le sens que l'on peut rencontrer en sculpture ou en peinture. Au cinéma, on ne contrefait pas une œuvre, cela n'aurait aucun sens et est d'ailleurs impossible. On peut en refaire une interprétation la parodier, s'en servir en référence, mais on ne peut pas la copier. Par contre, une œuvre cinématographique peut rarement dépasser le temps si le sens n'est pas compris. C'est même incontournable. La compréhension, le sens de l'œuvre est ici une nécessité pour lui donner corps. Pourquoi ? Le cinéma parle de l'humain, il joue avec le jeu des acteurs pour servir des situations, des regards, une narration. Ne pas avoir le sens de manière intelligible, dans ce cas unique, réduit ce que l'on voit à un ensemble d'images mobiles pour lesquelles l'esthétique purement graphique est insuffisante. Le 7ème art se nourrit de la signification de ses œuvres (à l'exception des productions surréalistes). Alors, oui, pour apprécier un film, il faut le comprendre.

Est-ce que cela n'en fait pas des arts à part ? Infalsifiables et au sens explicité nécessaire ?

C'est peut-être son plus grand point commun avec la littérature. L'esthétique et la manière de les comprendre sont les mamelles des grandes œuvres de ces deux arts.

 

En musique, qui tient une place à part dans ma perception esthétique du monde, des interprètes peuvent faire des variations, mais en soit il n'y a pas non plus de copie musicale, cela n'aurait pas de sens. Personne ne copie Mozart ou Bach, personne ne copie Billie Hollyday, Pink Floyd ou Nick Cave, personne ne peut être Brel ou Barbara, aussi bien en interprétation que dans les textes...

 

Lézards en tête à queue
Lézards en tête à queue
Lézards en tête à queue
Lézards en tête à queue
Lézards en tête à queue

Une œuvre musicale nous touche, résonne en nous en dehors de la raison. On se moque souvent de la compréhension des textes (surtout pour la musique classique), et on peut aimer une chanson japonaise ou égyptienne sans que le sens ne vienne nous perturber. Bien sur, savoir de quoi parle une chanson peut sublimer certaines chansons modernes, c'est ainsi que l'on rencontre de grands morceaux lorsque la mélodie, le rythme et les mots s'imbriquent parfaitement. Mais encore une fois, le sens est globalement secondaire (et souvent, il vaut mieux ne pas le savoir parce que franchement parler de ses chaussures suédoises bleues ou de son parapluie sous la pluie, c'est un peu court), la copie est illusoire et nous apprécions un morceau directement des oreilles au coeur sans passer par la case neurones... like a hobo.

 

L'art est à géométrie variable : nous trouvons les arts falsifiables mais hors de tout sens, les arts non copiables mais au sens nécessaire, enfin, un art infalsifiable, interprétable parfois avec du sens, parfois sans, un fil rouge entre toutes les possibilités. Cela est presque sans queue ni tête. Mais après tout, peu importe du moment que les objets créés nous transportent.

 

IL

A lire aussi, le commentaire d'ELLE sur le sujet dans Sur le pont.

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