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Le blog des rainettes

Le blog des rainettes

De tout et de rien mais surtout de tout : de l'actualité aux voyages, en passant par la culture, littérature, cinéma, l'Art et jusqu'à la cuisine ou la politique, parfois le tout en même temps à 4 mains, à loisir et à l'envie ! Pourquoi ? Parce qu’un et un font un, parce qu’ils existent, parce que c’est suffisant et insuffisant à la fois, parce qu’ils sont toujours d’accord, parce qu’ils ne sont jamais d’accord, parce qu’il est persuadé d’avoir raison, parce qu’elle sait qu’elle a toujours raison, parce qu’il y aura toujours des questions insolubles, parce qu’il y a trop de personnes porteuses de vérités prêtes à l’emploi, parce qu’il y en d’autres envahies de doutes, parce que la liberté de s’exprimer, de se laisser porter est un privilège dont on n’a pas toujours conscience, parce qu’il faut l’explorer comme on explorerait un nouveau continent . Parce qu’ils ne se prennent pas au sérieux, parce qu’ils se prennent trop au sérieux, parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’internet, parce qu’ils aiment réagir, interagir, parce qu’un poste de télé ou un bon bouquin ça n’a pas beaucoup de répartie, parce qu’ils aiment des choses, sont dégoûtés, énervés, par d’autres, parce qu’ils contemplent. Parce qu’IL s’imagine en ermite reculé d’un monde fou au bord d’un étang, parce qu’ELLE veut voir le monde, parce qu’ils ont vu, parce qu’ils ont à voir, parce qu’IL repense la vie, l’univers et le reste dans un trempage hebdomadaire, parce qu’ELLE invente des vies, des univers et des restes dans des nuits blanches quotidiennes, parce qu’ELLE s’ennuie, parce qu’ils sont bavards, parce qu’ils sont timides, parce qu’ils sont différents, parce que les autres sont les autres, parce qu’ils sont de grands gamins et parce qu’ils en ont envie : le blog des reinettes, bavardages avec les grenouilles sur un bord d’étang reculé ou sur un coin de toile pseudo-sociale ! IL et ELLE

JACK en long

JACK en long

J'ai déjà parlé de l'absence de goût d'IL pour la lecture. Il n'attend que de se laisser convaincre, alors je lui parle, je lui raconte, je lui décris et j'essaie de lui donner envie... Cette semaine : JACK LONDON !

 

 

Pour beaucoup, aujourd’hui encore, Jack London ne fait pas vraiment partie de l’espace littéraire : c’est un conteur d’histoires pour la jeunesse. Un amuseur, ami des chiens et des chercheurs d’or. Quand on demande à quelqu’un s’il a lu London, il va nous parler de Croc-Blanc ou de L’Appel de la Forêt, des histoires de loups ou de Grand Nord qu’il a lu enfant…
London est un écrivain populaire mais mineur, un romancier d’aventures, donc pas sérieux.

« Histoires bêtes » serait synonyme d’histoires bêtes… C’est oublier qu’en américain « underdog » désigne le prolétaire, l’homme exploité. Les animaux des récits de London ne sont pas anthropomorphes au contraire, ce sont des hommes qui sont décrits à travers eux. Ses romans sur les huskies du Nord (Croc Blanc et L’appel de la Forêt) ou les fox-terriers du Sud (Mickaël Chien de Cirque et Jerry dans l’Île) sont des livres aussi importants et porteurs de message social que les autres.
Construire un Feu, nouvelle du Grand Nord, histoire d’un homme et d’un chien, et pourtant, histoire de la Vie sera, d’après ses dires, le livre de chevet de Lénine.

 

Je viens d’ouvrir mon Petit Larousse :
« London (John Griffith London, dit Jack), écrivain américain (San Francisco 1876 ­ – Glen Ellen, Californie 1916), auteur de nombreux romans d’aventures (Le Loup des Mers, 1904 ; Croc-Blanc, 1905). Célèbre et riche mais révolté par la société moderne, il se suicida. »
Tout d’abord, London n’a pas écrit que des romans d’aventures, et Le Loup des Mers n’est pas un roman d’aventures, c’est une parabole politico-philosophique (et pendant longtemps, à l’époque où j’en avais un, mon roman préféré). Il a aussi écrit des romans fantastiques (Le Vagabond des Etoiles), d’anticipation (La Peste Ecarlate) et politiques (Le Talon de Fer.) En outre, Martin Eden et L’Appel de la Forêt sont autrement représentatifs de son œuvre que Croc-Blanc !
En outre, ce n’est pas « la société moderne » terne ou faible qui le révoltait mais la société capitaliste (au point de le pousser vers les thèses marxistes) et il n’est pas absolument certain qu’il se soit suicidé.

 

London a longtemps été perçu de manière caricaturale et même romanesque. Pierre Mac Orlan a écrit une biographie dans la NRF en 1921 où il le décrit ainsi : « Il était vêtu d’un chandail de laine grise, chaussé de bottes de matelot. A sa ceinture de cuire était passé un révolver dans son étui souple en cuir. Et c’était un garçon solide, avec une figure imberbe, pas court sur pattes comme le sont souvent les marins. Non, plutôt bien proportionné : un mètre quatre-vingts environ, pour soixante-quinze kilos, tout en muscles. Tel fut Jack London, j’en suis sûr, à la porte du Cabaret de la Dernière Chance, où se réunissaient ses camarades de bonne et de mauvaise fortune : contrebandiers du Banc des Huitres.
[…]


Il avait été surnommé par ses compagnons de la petite flibuste : le prince du Banc des Huitres. Encore adolescent, il possédait une barque, le Razzle Dazzle. Situation dans le monde valait celle d’un roi à ses propres yeux, et c’est en maître qu’il buvait au comptoir de la Dernière Chance et qu’il commandait à l’alcool, à charge de revanche. »
Une véritable image d’Epinal… alors que c’est dans ce bar-même que London est devenu alcoolique (cf. Le Cabaret de la Dernière Chance).

« Jack London naquit en 1976, à San Francisco. La ville où l’on peut choisir sa damnation sans peine », continue Mac Orlan. « Il savait lire et écrire à cinq ans et ne put jamais se rappeler le nom de son premier maître. A huit ans, il était ranchman aux environs d’Oakland et surveillait les abeilles. [...]

Le premier livre qu’il lut fut L’Alhambra de Washington Irving », poursuit Mac Orlan, « Il connut, pour la première fois, le dangereux enthousiasme de la lecture et garda pendant des mois l’impression que la Terre abritait des hommes de qualité : Washington Irving, l’auteur, et Jack London qui l’avait lu. Il détestait la vie au ranch et fut heureux de revenir à Oakland avec sa famille.
A cette époque, l’aventure le tourmentait déjà. Il lut tout ce qui lui tombait sous la main et consacra les plus belles heures de sa vie à des métiers mal rétribués et pénibles. […]
A dix-sept ans, le prince du Banc des Huitres dit adieu au Pavillon noir et courut la grande course comme matelot sur un voilier, le Sophia Sutherland.
»


Croisière que Jack London décrit ainsi : « Le soir commençait quand nous arrivâmes dans un café et… c’est tout ce que je vis du Japon. Un café qui ressemblait à tous les cafés du monde. Et pourtant notre vaisseau stationna pendant quinze jours dans le port de Yokohama ! Quinze jours passés à boire dans la compagnie des meilleurs garçons du monde. » (Le Cabaret de la Dernière Chance.)

Et Mac Orlan de poursuivre : « La croisière au Japon terminée, le matelot revient à Frisco et cherche du travail. Il est blanchisseur, je crois. A dix-neuf ans, on l’appelait partout le ‘boy socialiste’. A cette période de sa vie, il part, néanmoins au Klondike et finit par entrer à l’université. Son premier livre fut publié en 1900. Dès lors, sa carrière littéraire était assurée. Il vécut avec la femme qu’il aimait, errant et travaillant à ses livres. On ignore comment il mourut… »

En somme, il buvait, voyageait, vivait des aventures, puis écrivait au retour… et il est mort (à 41 ans). C’est la vision (largement résumée) de la vie de cet « étrange romancier, précurseur en bien des domaines, qui ‘aimait l’insatiable chimère que les naïfs nomment la liberté » que nous dépeint Mac Orlan. Il conclut « ses livres sont ceux d’une génération malmenée, qui ne fut pas celle des cénacles littéraires. »

Effectivement, à l’heure où nos écrivains français se réunissaient dans les salons littéraire ou les cafés du Quartier Latin, London levait le coude au Cabaret de la Dernière Chance. Les hommes qui buvaient à côté de lui n’étaient pas des célébrités issues de milieux bourgeois, ils étaient matelots, ouvriers, contrebandiers, voyageurs. Ils avaient vécu un partout dans le monde. Un homme qui fut toujours un sédentaire ne peut écrire que des livres d’imagination. C’est déjà beaucoup ! Jack London écrit sur ce qu’il a vécu, sur ce qu’il a vu vivre, ce qu’il a entendu raconter… tout en faisant travailler son imagination ! La différence entre l’écrivain américain et ses contemporains français, c’est que le premier a écrit après avoir vécu. Le second, généralement avant… il n’avait pas usé ses godillots sur toutes les routes de la planète. Son nombril était son encrier et il le pensait très profond. Le nombril de London devait être sanguinolent, plein de sueur et de larmes aussi. En Amérique, Jack London, au même moment en France, Paul Bourget… on n’est pas obligé de choisir mais… bref !

 

Jack London est pour moi l’auteur dont on se souvient quand on a oublié tous les autres. Le premier écrivain à écrire en Cinémascope !
Je pense l’avoir réalisé en lisant Martin Eden. Avant, Croc-Blanc et L’Appel de la Forêt m’avaient surtout montré qu’il y avait une autre vie ailleurs, dans les grands espaces, loin de la France…
Martin Eden est le livre le plus autobiographique de l’auteur, avec Le Cabaret… (ou comment on devient alcoolique.) Martin Eden est l’histoire de l’apprentissage d’un écrivain qui n’était a priori pas destiné à le devenir. C’est aussi et surtout un roman social, puisqu’il s’agit de la confrontation entre deux mondes : la bourgeoisie et le monde ouvrier… la lutte des classes. Le combat de cet homme pour conquérir la gloire littéraire est édifiant. On trouve déjà dans cette œuvre deux thématiques chères à London : la pulsion suicidaire que l’on retrouve dans Radieuse Aurore (le sommet de la gloire et puis plus rien, le vide, le grand vertige) et la philosophie de l’à-quoi-bon ? Sa place au sommet une fois acquise, Martin fond comme La Fille des Neiges.
Martin Eden est écœuré par la petitesse d’esprit de la petite bourgeoisie. Jack London, lui, mourra déçu par le prolétariat. Martin Eden se supprime en sautant d’un bateau. Jack London s’en est allé en dormant, longtemps… très longtemps.

London n’a pas vécu quarante ans mais bien quarante vies ! Il fut tour à tour pirate, ouvrier, marin des mers froides, marin des mers chaudes, vagabond, chercheur d’or, reporter de guerre, journaliste sportif, écrivain à succès, agitateur révolutionnaire, militant socialiste, conférencier, éleveur et fermier… Qui dit mieux ?!
Il est l’ancêtre de la génération d’écrivains réalistes, un précurseur, le chaînon manquant entre Mark Twain et Ernest Hemingway. Ils ont tous les trois en commun le journalisme, la mer, la boxe, la guerre, les voyages…

Mark TwainErnest Hemingway

 

Il a fallu attendre les années 70 en France (10/18) et aux USA (Russ Kingman) pour que soient (re)découverts ses livres les plus politiques (Le Peuple de l’Abîme ou Le Talon de Fer) et ses romans les plus insolites (Le Vagabond des Etoiles, Avant Adam ou La Peste Ecarlate).
Trente ans plus tard, en 2000, Phébus republie ses principaux livres dans des traductions revues et corrigées dans un français plus proche du texte original.


Pendant longtemps, toute l’œuvre de London n’avait pas été très accessible… et pourtant…
Quel est le point commun entre Alain Delon, Lénine, Yves Boisset, Trotski, Jeanne Moreau et Che Guevara ? Une passion sans faille pour London !
Trente millions d’exemplaires vendus en ex-URSS. Des millions aux USA et dans le reste du monde. London est la première star de la littérature, le premier écrivain a avoir été autant photographié. Toute sa vie est figée sur pellicule : écolier, pilleur d’huitres, marin, vagabond, reporter de guerre, papa, écrivain, propriétaire terrien… Il n’y a qu’Ernest Hemingway qui peut rivaliser avec lui… un autre point commun !

 

 

 

 

 

 

A la fois écrivain et aventurier : actif et introspectif, il incarne l’homme multiple. Pour l’illustrer, j’ai envie de donner quelques dates qui ont jalonné sa vie et son œuvre.

 

12 janvier 1876 : Naissance de Jack London à San Francisco. Année du massacre de Little Big Horn, de la mort de Custer, de la publication de Les Aventures de Tom Sawyer par Mark Twain.

 

1893 : Une grave crise économique secoue l’Amérique. Cinq-cents banques et seize mille entreprises ont fermé, un ouvrier américain sur quatre a perdu son emploi. Le nombre de chômeurs atteint trois millions. Des milliers d’hommes se retrouvent à la rue, on les appelle les « hobos », Jack London n’a pas vingt ans, il les côtoie.

 

17 avril 1894 : Il rejoint le détachement de San Francisco d’une armée de cent-mille chômeurs qui marche sur le Capitole de Washington. Le projet du meneur, Jacob Coxey est de contraindre le Président à financer un programme de grands travaux publics qui leur donnerait du travail. Jack London suit cette armée de San Francisco jusqu’au 24 mai 1894.

Voyager avec cette armée de hobos a marqué London et l’a formé politiquement. Chaleureusement accueillis dans les cités ouvrières, ils étaient au contraire très mal reçus dans les quartiers bourgeois. Il a découvert la fraternité et la lutte des classes…
Pour ses biographes, il semble être devenu écrivain grâce à son expérience au Klondike, parmi les chercheurs d’or du Grand Nord. Pourtant le conteur est né avant. Voyageant sur les toits de wagons de marchandises, sur les essieux, à chaque escale, il trouve des histoires dramatiques à raconter pour émouvoir et attendrir les gens dont il sollicite l’aumône ou l’hospitalité. Il s’est formé sous les haillons du clochard. Il le racontera dans Les Vagabonds du Rail : « Le hobo doit être un artiste, et crée spontanément, non d’après un thème choisi dans l’épanouissement de sa propre imagination, mais suivant le thème qu’il lit sur le visage de l’individu qui ouvre la porte : homme, femme ou enfant, bourru, généreux ou avare, juif ou chrétien, noir ou blanc, qu’il ait ou non des préjugés de race, qu’il soit large d’esprit ou mesquin. J’ai souvent songé que c’est à cet entraînement particulier de mes jours de vagabondage que je dois une grande partie de ma renommée de conteur. Pour me procurer de quoi vivre, il me fallait inventer des histoires invraisemblables. Passé par l’inexorable nécessité, on acquiert le don de convaincre et de faire naître l’émotion sincère, qualités qui sont l’apanage de bons romanciers. Je crois que c’est mon apprentissage de gueux qui a fait de moi un bon réaliste. Le réalisme est la seule denrée présentable à la porte de la cuisine pour obtenir quelque pitance. »

 

JACK en long
JACK en long
JACK en long
JACK en long
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En vagabondant, il ne découvre pas seulement le vaste monde mais aussi les hommes et l’univers des idées. Un érudit échoué sur le trimard l’initie à la théorie évolutionniste de Spencer et au Manifeste du Parti Communiste de Marx. Ces deux intellectuels deviendront ses maîtres à penser.
En vivant avec les hobos, il a entrevu ce qu’il risquait de devenir après une vie de labeur, détruit par le système économique. Décidé à sortir de sa condition d’ouvrier pauvre, il veut entrer à l’université de Berkeley.

Il doit suivre trois années d’études préparatoires à Oakland avant cela. Il se retrouve au milieu d’adolescents qui n’ont rien à voir avec lui. Il paie ses études en faisant concierge de cette école et ne va pas au bout du cursus. En 1896, il décide que la meilleure université c’est la vie et il adhère au Parti Socialiste Travailliste.

 

14 juillet 1897 : Un bateau apporte la nouvelle de la découverte d’or au Klondike.
Cent-mille hommes vont déferler sur Dawson City, Jack London sera parmi eux.
Il se lance sur l’immense escalier de neiger du Chilcoot le 14 août avec une tonne d’équipement sur le dos. Il a mis dans ses bagages Le Capital de Karl Marx. Dans La Toison d’Or, il va décrire cette marche infernale des « nouveaux argonautes » : une file ininterrompue de grimpeurs sur vingt-huit miles. Il racontera dans John Barleycorn comment il a vécu ce périple : «
je venais d’atteindre mes vingt-et-un ans, et je débordais de force physique. Je me vois au bout du vingt-huitème mile de portage de la baie de Dyea au lac Linderman à travers le Chilcoot, en train de trimbaler les bagages avec les indiens […]. Tous les jours, je faisais quatre voyages et chaque fois, à l’aller, je transportais cent cinquante livres sur mon dos. » S’ensuivaient pour ceux qui n’avaient pas renoncé (six sur dix) des semaines de traversée d’un désert glacé en direction du Nord.

JACK en long
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JACK en long
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Là-bas, peu d'or, un travail exténuant et des conditions difficiles.

 

8 juin 1898 : Jack London quitte Dawson pauvre en or mais riche en inspiration. Il écrira : « C’est au Klondike que je me suis découvert moi-même. Là, personne ne parle. Tout le monde pense. Chacun prend sa véritable perspective. J’ai trouvé la mienne. »

Avril 1900 : publication de Le Fils du Loup, le premier livre de Jack London. Il a vingt-quatre ans. C’est un recueil de nouvelles sur les hommes et les chiens du Klondike.
Le jour de la parution de son recueil, il épouse Elizabeth "Bessie" Maddern, par amitié et pour avoir des « enfants vigoureux » (ils auront deux filles).

 

1902 / 1903 : Jack London se heurte à son succès (L’Appel de la Forêt est publié) : « Dès l’instant qu’un type accomplit quelque chose de passable, le voilà condamné pour le restant de ses jours à faire les mêmes choses » et à la vie de famille : « Je m’acharne dans ma solitude à sortir d’Alaska. Je suppose que j’y parviendrai dans un an ou deux. Bon Dieu, qu’est-ce que je dois travailler ! Cinq bouches à nourrir, dix pieds à chausser, et quelquefois plus. Je me demande si je cesserai jamais d’avoir des dettes. » On sait que non.

 

1906 : divorce d’avec Bessie et mariage avec Charmian Kittredge son âme sœur qui va le suivre dans ses voyages.


20 avril 1907 : Départ autour du monde à bord du Snark, direction Hawaï. La croisière se passe mal, mauvais bateau, mauvais équipage, mauvaise atmosphère… il lira beaucoup (Stevenson, Conrad, Melville…) et arrivera dans des conditions difficiles à écrire un de ses chefs-d’œuvre, Martin Eden, il découvrira aussi Hawaï… et le surf !

JACK en long
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Arrivé à Tahiti, le manque d’argent l’oblige à rentrer en Californie pour mettre de l’ordre dans ses affaires. Il double la superficie de son ranche ainsi le montant de ses dettes. Sa santé se dégrade… Il s’embarque pourtant toujours sur le Snark vers les Nouvelles-Hébrides où il tombera gravement malade de la malaria et de la fièvre jaune puis de la syphilis. La croisière vire au cauchemar, il écrit une série de contes cruels Les Contes des Mers du Sud.

La croisière du Shark finit à Sidney. Il y fera soigner sa syphilis et l’usage conjugué de l’arsenic et du mercure va attaquer ses reins, son cerveau, ses nerfs.

Les relations avec Charmian se dégradent. Elle fait une fausse couche, Jack London sait qu’il n’aura jamais de fils.

 

Janvier 1911 : Jack London commence à perdre son équilibre physique et psychique. Il a trente-cinq ans, bois beaucoup mais écrit John Baleycorn pour se dédouaner. Cette autobiographie romancée a pour thème l’alcool mais aussi la souffrance et le remords d’un homme affolé par sa propre ruine.


Sa vie part à la dérive : ses projets avortés, ses idées contradictoires, son corps qui ne le porte plus, ses maladies qui le font souffrir, sa femme qui ne peut avoir d’enfants, ses filles auprès de qui il essaie de se rapprocher, ses amis qui ne le supportent pour la plupart plus, la politique, le public, la presse… Il se jette alors dans l’écriture et la drogue.
Il boit et écrit mais souffre physiquement et remplace l’alcool par la morphine et l’héroïne.

 

1913 : Sa maison, La Maison du Loup brûle entièrement, plus rien ne l’intéresse dans son ranch en pleine faillite.
Il se perd dans la débauche à New York où la presse le méprise d’avantage encore, avant d’accepter de partir au Mexique où un corps expéditionnaire américain doit écraser une tentative révolutionnaire.
Peut-être est-il parti pour l'argent dans le but de rembourser une partie de ses dettes qui l'acculaient. Il reste qu'avec ce voyage antirévolutionnaire et ses témoignages réactionnaires et impérialistes, à la limite de la xénophobie (dans ses essais Mexico's Army and Ours ou The Trouble Makers of Mexico et sa nouvelle Le Mexique Puni), il s'éloigne totalement de ses idées et de sa Revolution écrite en 1910 où il parlait de ses « chers et braves camarades de la Révolution cubaine »…
Son discours se radicalise, ses idées deviennent contradictoires.

 

1914 : Il est trop malade pour gagner l’Europe et suivre le conflit mondial. Il sera suffisamment lucide pour prendre parti pour la France et le Royaume Uni contre l’Allemagne. Il part se réfugier avec sa femme à Hawaï où il fréquente la haute société de l’île, boit et se drogue, il est très loin du « boy socialiste ».

 

1916 : Jack London meurt à quarante-et-un ans d’un arrêt cardiaque consécutif à une crise d’urémie et d’une overdose de morphine dont le caractère accidentel fait débat.

 

 

Il aura donné avant des conseils aux apprentis écrivains dans un article intitulé L’Auteur dans une revue en 1910 :

« Si vous avez des personnes à charge, n’abandonnez pas votre travail pour écrire. La fiction paie mieux que le reste et si elle est de bonne qualité, elle est aussi plus facilement vendue et mieux payée. Une bonne blague se vend plus vite qu’un bon poème et, mesurée en termes d’effort et de temps, elle est plus rentable. Si vous tenez à voir vos écrits imprimés alors évitez les fins tristes, dures, brutales, tragiques, cruelles. (A ce sujet, ne faites pas ce que je fais mais ce que je dis.)
L’humour est le plus difficile des genres, le plus facile à vendre. Peu sont capable d’en faire. Si vous faites partie des heureux élus, n’hésitez pas à en faire usage. Vous aurez mis la main sur un filon comme il n’en existe pas dans tout le Klondike. Voyez Mark Twain.

Ne bâclez pas une histoire de dix-mille mots avant le petit déjeuner.

Il ne faut pas trop écrire. Il vaut mieux se concentrer sur une nouvelle que d’en écrire une douzaine à la fois. Ne rêvassez pas dans l’attente de l’inspiration. Partez plutôt à sa recherche. Si vous ne la trouvez pas, vous obtiendrez quand même un résultat correct.
Fixez-vous des seuils de travail minimum et maximum et respectez-les. Vous aurez ainsi à votre actif à la fin de l’année une plus grande somme d’écrits.

Etudiez les procédés des écrivains célèbres. Ils possèdent des outils dont vous ne savez pas encore vous servir. Leur travail porte en lui leur façon de faire. N’attendez pas les explications d’un bon Samaritain pour effectuer vos recherches personnelles.

N’ayez pas les pores bouchez et veillez à avoir une bonne digestion. C’est la plus importante des règles. Et ne me balancez pas Carlyle dans les dents s’il vous plaît.

Ayez toujours sur vous un carnet de notes. Voyagez avec, couchez avec, dormez avec. Notez-y toutes les pensées qui vous viennent à l’esprit. Le papier est bon marché et moins périssable que les cellules grises, et les traces d’un crayon tiennent plus longtemps que la mémoire.

Il faut travailler. Ecrivez-le en lettre majuscules. TRAVAILLER TRAVAILLER sans relâche. Cherchez à connaître cette Terre, cet Univers, cette force et cette matière, et l’esprit qui transcende tout cela depuis le ver de terre jusqu’à Dieu. Et part tout cela je veux dire TRAVAILLER pour embrasser une PHILOSOPHIE DE LA VIE. Il faut avoir une bonne philosophie de la vie, même si elle est fausse.

Trois choses sont essentielles : la SANTE PHYSIQUE, la PHILOSOPHIE DE LA VIE, le TRAVAIL. Ajoutons-y une quatrième : la SINCERITE. Sans cette dernière, les trois autres ne sont d’aucune utilité. Sincère, vous pouvez prétendre à la gloire et vous asseoir parmi les géants. »

 

Avant de devenir un géant de la littérature, Jack London a suivi à la lettre ses propres recommandations. Il envoie des centaines de textes (six-cent-soixante-quatre) à des éditeurs (tous refusés). Pour être écrivain, il comprend qu’il lui faut acquérir le savoir et le style, alors il étudie et il écrit.
Moins de cinq ans après ses premières tentatives écrites à la première personne, il améliore son style et écrit et publie A l’Homme sur la Piste (sa première nouvelle, dans un magasine en 1899, un an avant la publication de son roman Le Fils du Loup).
Quelques années après, son nom est connu dans tous le pays et franchit les frontières. L’Appel de la Forêt a été vendu à deux millions d’exemplaires de son vivant et on compte pas loin de sept millions d’exemplaires vendus à ce jour dans près d’une cinquantaine de langues.

 

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Alors, IL ? On commence par lequel ? Si je peux me permettre un conseil, je dirais, un peu de boxe avec la nouvelle La Tranche de Bifteck pour te mettre en appétit avec quelque chose de court et ensuite, la mer et les discussions philosophiques entre Loup Larsen et Humphrey Van Weyden alias Hump, avec mon coup de coeur, Le Loup des Mers. Et ne va pas me chercher une mièvre adaptation cinématographique, je te prie !

 

 

ELLE

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